"Les furies" - Lauren Groff

Une histoire de perspectives.

C'est finalement une banale histoire d'amour... mais comme dans toutes les histoires -même celles a priori banales-, on trouve, en creusant un peu, des fissures pas toujours bien colmatées, des vérités soigneusement dissimulées, ou subtilement manipulées... Et tout le talent de Lauren Groff consiste à mettre au jour ces fondations bancales et pourtant inébranlables. 

Mais avant cela, elle nous aura livré la version lisse de l'histoire...

Cette version, Lotto Satterwhite en est au centre, ou plutôt en est LE centre. Né en Floride une nuit d'ouragan, adulé et choyé par les femmes du foyer -sa mère, la belle Antoinette, et la tante Sallie-, il voue quant à lui une véritable adoration à son père qui meurt brutalement d'un anévrisme alors que Rachel, la petite sœur de Lotto, vient de naître.

Ses écarts adolescents incitent sa mère à l'éloigner de la Floride, où il ne remettra pratiquement plus les pieds. Au départ profondément déprimé par cette séparation, Lotto finit par se construire, loin des siens. Etudiant  charismatique, exubérant, au physique imparfait mais remarquable, doté d'un insatiable appétit sexuel, il enchaîne les aventures...  jusqu'à sa rencontre avec Mathilde, la femme de sa vie, avec laquelle il se marie, provoquant les foudres d'Antoinette qui le déshérite, et qu'il ne reverra plus...

Les jeunes mariés ne se découragent pas : l'argent n'a pas d'importance. Mathilde travaille pour faire vivre le couple, encourage, soutient son mari et son immense besoin de reconnaissance, de devenir quelqu'un, organise et illumine les perpétuelles fêtes entre amis. Fidèle, infatigable, à la fois maîtresse et amie, elle devient son indispensable béquille, celle qui, dans l'ombre, le porte, le relève s'il tombe... Et Lotto passe enfin sous les feux de la rampe, mène la brillante carrière de dramaturge dont il a toujours rêvé. Lotto le flamboyant, qui semble naturellement fait pour la réussite et pour l'amour...

Et puis l'auteur opère un revirement. Après le recto, elle ausculte le verso, révélant l'ossature du couple, les accommodements de l'ombre, rendant à Mathilde sa fonction de colonne vertébrale, en même temps que sa singularité d'individu.

Ecrit par séquences, "Les furies" est un roman qui à la fois nous fait dévaler le temps au rythme de l’existence du couple Satterwhite, et nous immerge dans la densité résultant du regard, aussi tendre qu'ironique, que porte l'auteur sur ses personnages. Lauren Groff parvient ainsi, au gré des épisodes qui s’enchaînent, à dire l'essence du couple, cet équilibre qui tient au besoin qu'on a de l'autre, à la façon dont il nous voit et nous structure, mais aussi ces territoires qu'on ne lui a jamais dévoilés, ces fêlures que l'on tait, et qui pourraient, un jour, nous submerger...

Malgré une légère déception à la fin, à mon sens un peu tirée par les cheveux (Lauren Groff fait alors sortir trop de lapins de son chapeau), j'ai beaucoup aimé !

C'est l'avis de Galéa qui m'a donné envie.

Commentaires

  1. Ce roman a tout pour me plaire, en plus il est à la bibli, mais là il va falloir que je le fasse remonter dans les priorités et ça va coincer un peu

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    1. Je connais bien ce genre de problématique...

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  2. J'ai tourné autour, sans me décider. La construction est effectivement intéressante ! Dommage pour l'épilogue.

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    1. Oui, c'est un peu dommage mais cela ne gâche pas vraiment la lecture, j'ai adoré de nombreux passages, l'auteur a une écriture à la fois profonde et énergique, il faut le lire malgré la fin !

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  3. Ah tu as trouvé ! Cette idée de lecture vient de Galéa et non de moi. ;-) Je piocherai peut-être l'idée de lecture chez toi...

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    1. Oui, mais j'ai dû faire une recherche via Google !... En général je note le blog sur lequel je repère tel ou tel titre, mais là j'avais dû oublier. A lire, en tous cas !

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  4. Je l'ai aimé aussi mais je me rends compte que je l'ai assez vite oublié.

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    1. A voir ce qu'il m'en restera dans quelque temps, alors...

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  5. J'avais vu beaucoup de billets enthousiastes à un moment et ce roman m'avait franchement intriguée. Il est dans un coin de ma LAL, je pensais l'en sortir vite mais le temps passe vite également, et puis là, ta petite déception sur la fin ne me motive pas à le caser en urgence. Je reste curieuse ceci dit.

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    1. Reste curieuse, comme je l'écris ci-dessus, la fin ne suffit pas à gâcher l'ensemble (d'ailleurs, je crois que je n'ai pas lu d'autres billets relevant ce bémol), et c'est vraiment un très bon roman !

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  6. ta critique éveille ma curiosité, je vais voir si je peux le trouver à la bibliothèque

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    1. J'espère que tu le trouveras, il vaut vraiment le coup !

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  7. Il est également sur ma PAL, mais comme pour d'autres lectrices, il ne s'est plus retrouvé dans les priorités... Peut-être qu'une lecture commune pourrait arranger ça ?

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    1. Bonne idée... si quelqu'un (re)passe par là est intéressé, qu'il fasse signe !

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  8. Je n'ai entendu que des bonnes critiques presse sur ce livre.. Mais je l'avais complètement oublié (merci pour le rappel ^^)

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    1. Mais je t'en prie ! J'espère qu'il te plaira.

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