"Retour à Duncan's Creek" - Nicolas Zeimet

Immersion progressive...

On peut le voir comme une suite à "Seul les vautours", mais "Retour à Duncan's Creek" peut aussi se lire indépendamment du premier roman de Nicolas Zeimet.

Toujours est-il qu'on y retrouve -ou qu'on y découvre- Jake Dickinson, Ben McCombs et Sam Baldwin, le trio d'adolescents que l'auteur, parmi une multitude d'autres personnages, mettait en scène dans son précédent titre, chronique d'une bourgade américaine à majorité mormone secouée par la disparition tragique d'une fillette.

Plus de vingt ans ont passé, chaque membre du trio a suivi sa route, ils se sont éloignés les uns des autres... Ben, resté à Duncan's Creek, est devenu fermier et père de famille. Jake et Sam ont quant à eux éprouvé l'irrépressible besoin de partir, pour se libérer de l'étouffante étroitesse de leur ville natale -une étroitesse pas seulement géographique-, des carcans familiaux et moraux les empêchant d'assumer une existence en accord avec ce qu'ils étaient...  Jake, dont la carrière d'écrivain stagne après un premier roman à succès, tient une librairie à San Francisco pour arrondir ses fins de mois. Quant à Sam, partie elle aussi pour la Californie, ses amis ont quasiment perdu sa trace.

Lorsque le roman débute, elle vient de contacter Jake, après des années de silence : elle veut qu'il la ramène "à la maison". Les deux amis prennent la route, direction Duncan's Creek. Au fil du trajet, Jake, narrateur, se laisse envahir par les souvenirs de leurs années lycée, notamment ceux de l'été 1989, au cours duquel les trois jeunes gens, alors âgés de 16 ans, vécurent un drame qui modifia le cours de leur existence.

En alternance avec les réminiscences de son héros, Nicolas Zeimet nous replonge dans le passé, nous faisant revivre, par le truchement d'une narration cette fois à la troisième personne, les événements qui renforcèrent les liens des membres du trio, puis ceux qui finirent par les desserrer. L'intrigue se construit ainsi comme si le présent allait à la rencontre du passé, dans une tentative pour exorciser les traumatismes qu'il nourrit, pour déterrer les mensonges et les secrets qu'il abrite.

J'ai eu au départ un peu de mal à m'immerger dans le récit, gênée par la façon expéditive dont l'auteur plante le contexte, et quelques passages au style trop grandiloquent. De même, certains non-sens m'ont laissée perplexe : comment un muscle peut-il être à la fois "flasque et tonique", un geste être "aussi vif qu'apathique" ? D'une manière générale, j'ai nettement préféré les passages plus intimes, plus profonds, dont Jake est le narrateur, sa mélancolie hantant le texte d'une manière très touchante.

Pourtant, je retire de cette lecture une impression plutôt positive. Passé le démarrage un peu laborieux, je me suis attachée aux personnages de Nicolas Zeimet, à cette nostalgie qui leur colle à la peau, se transformant pour certains en profond mal-être. "Retour à Duncan's Creek" explore avec sensibilité les résonances qu'ont les blessures de l'enfance sur l'existence des individus, témoigne de l'oeuvre du temps sur le délitement des amitiés ainsi que de leur incapacité à nous sauver de nous-mêmes.

Commentaires

  1. Réponses
    1. Seuls les vautours est selon moi meilleur, c'est même un excellent roman, avec une multitude de personnages, une intrigue protéiforme. Retour à Duncan's Creek est plus intimiste, et c'est pas mal de le lire en complément du premier, parce qu'on retrouve avec plaisir Ben, Jake et Sam..

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  2. Je pense que ce n'est pas pour moi... (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. Je ne pense pas non plus, tu ne serais sans doute pas aussi indulgent que moi avec ses maladresses stylistiques !

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