"Complications" - Nina Allan

"Transtemporalité".

Noté chez Keisha, ce titre me permet d'afficher une deuxième participation au Mois de la nouvelle, organisé par Marie-Claude et Electra. Quoique "Complications" n'est pas un recueil de nouvelles au sens où on l'entend habituellement. En effet, si les textes qui le composent peuvent se lire indépendamment les uns des autres, leur assemblage forme une cohérence qui ferait presque de cet ouvrage un roman.

Le premier de ces textes donne d'emblée le ton de l'ensemble. A la mort de l'un de ses amis, une jeune artiste spécialisée dans la conception de maisons de poupées est amenée à se pencher sur l'oeuvre de l'écrivain Sylvester John, et de l'un de ses personnages, Martin Newland. Une quête qui nous entraîne dans une mystérieuse mise en abyme...

Nous retrouvons Martin Newland tout au long du recueil, héros d'histoires conçues comme des variations autour d'une réalité qui en acquiert un caractère fluctuant, relatif.

D'autres éléments traversent "Complications" d'un texte à l'autre, le ponctuant de fils rouges auxquels des contorsions donnent des apparences changeantes, à l'image de ce nain parcourant la plage d'Hastings sa canne à tête de chien à la main, et dont la tenue vestimentaire évoque Mr Loyal, ou de ces objets symbolisant le temps -montres, horloges- qui occupent dans quasiment chaque nouvelle une place centrale.

Car du temps il est aussi beaucoup question, dans "Complications"... un temps dans les fissures duquel semblent s'engouffrer des existences parallèles, et que l'homme, hanté par le fantasme de sa maîtrise, tente de rattraper, d'arrêter, tel Louis Breguet -évoqué à plusieurs reprises-, cet horloger à la cour de Marie-Antoinette et inventeur du tourbillon, mécanisme capable de transformer le temps en imaginant une montre insoumise au pouvoir de l'apesanteur. Bien que parfois renseigné sur l'époque d'un récit grâce à certains indices matériels, le lecteur a quant à lui le sentiment d'être plongé dans une sorte d'intemporalité, de suspension de l’écoulement du temps, où se rejouent, sans cesse renouvelés, les destins des héros.

Et suivre ces disjonctions temporelles constitue un véritable ravissement, l'auteur nous offrant à chaque texte les surprises issues de son imagination, flirtant avec le fantastique de manière toujours subtile, maintenant tout au long du recueil une atmosphère à la fois énigmatique et mélancolique, ses histoires tournant autour de la perte, du deuil.

La construction de l'ensemble est complexe mais pas compliqué, minutieuse et parfaitement ordonnancée, à l'image d'un mécanisme d'horlogerie dont chaque texte présente une nouvelle facette, le tout formant finalement une étrange harmonie, nous convaincant presque qu'au moment où on est plongé dans "Complications", d'autres versions de nous-mêmes mènent leur propre existence, parfois prises de l'inexplicable vertige que provoque une sensation de "déjà-vu"...

A lire !

Commentaires

  1. Oh la la à lire ton billet je retrouve ce plaisir de lecture, si fin...

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    1. Merci encore pour le conseil, sans toi je ne l'aurais sans doute pas lue, car c'est une auteure assez rare sur les blogs... j'ai vraiment aimé son écriture, et l'originalité de ce récit.

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  2. Effectivement, je ne connais pas cette auteure rare et le recueil a l'air de procurer un plaisir tout aussi insolite.

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    1. Oui, c'est une belle découverte, je reviendrai assurément vers Nina Allan (j'ai d'ailleurs déjà noté La course, chez Keisha aussi, qui est je crois son premier roman).

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  3. Très belle analyse qui donne vraiment envie d'en savoir plus.. Une construction complexe mais pas compliquée, vraiment ça m'intrigue ;)

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    1. Oui, c'est à découvrir. Il ne faut pas s'arrêter au premier texte qui peut sembler obscur et se terminer sur une impasse, la suite en vaut vraiment la peine !

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  4. je ne connais pas du tout donc pourquoi pas?

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    1. Pourquoi pas, en effet, c'est presque l'assurance d'un excellent moment de lecture !

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