LE RECAPITULATIF DE L'ACTIVITE

"Ici n’est plus ici" - Tommy Orange

"Être indien en Amérique n’a jamais consisté à retrouver notre terre. Notre terre est partout et nulle part."

L’intrigue "d’Ici n’est plus ici" se déploie telle une toile d’araignée, à partir de multiples fils qui finissent par former un ensemble aussi cohérent qu’implacable.

Au centre de cette toile, la ville d’Oakland, en Californie.

Nous y suivons douze protagonistes, hommes et femmes, enfants ou adultes, qui ont comme point commun d’appartenir, de manière plus ou moins directe, à la nation Cheyenne. Hors de la réserve, les Indiens en sont-ils pour autant délivrés des maux qui y sévissent ? Pas vraiment…

Les narrations se succèdent, portées par un "je" ou par un "il/elle", dessinant comme point commun la difficulté à vivre d’une communauté héritière d’un passé -cinq cents ans de campagne génocidaire- avec lequel l’Amérique n’a jamais réglé ses comptes. Chacun se débat à sa manière avec ce legs marqué par la souffrance, l’humiliation et la perte. 

Ils ont pourtant survécu. Ces indiens des villes sont même pour certains parvenus à trouver, en s’occupant de leurs proches ou des autres, une forme d’équilibre et d’épanouissement, mais beaucoup ont du mal à considérer cette survie comme une victoire tant qu’ils seront aux prises avec les conséquences du passé et la persistance d’une discrimination qui les ravale au rang des plus miséreux, les exposant de manière disproportionnée aux violences familiales, aux addictions -à l’alcool ou aux stupéfiants-, à la délinquance ou à l’échec scolaire. 

Tous sont hantés par la question de leur identité, bien qu’y répondant de diverses manières, dans la quête ou le déni, avec curiosité ou amertume... Que signifie être indien aujourd’hui, dans un monde d’où ont disparu les territoires qui constituaient l’héritage des ancêtres, définissaient mode de vie et traditions ? Comment concilier racines et modernité, défi rendu d’autant plus difficile quand les parents sont absents ou défaillants, parce que décédés, en prison, alcooliques… ? Est-ce la part de sang indien qui coule dans les veines qui détermine la conscience autochtone ; aux yeux de qui, et pourquoi, faut-il la revendiquer ?

Ces questionnements s’enchevêtrent à l’intrigue, dont les nombreux chemins convergent à l’occasion du grand pow-wow d’Oakland, point d’acmé d’un drame dont chaque élément prend peu à peu sa place. La narration, enchainant les points de vue des multiples personnages, nous entraine dans un tourbillon qui, en ne laissant guère le temps de s’attarder sur chacun, risque de perdre des lecteurs en route, mais confère en même temps au texte une énergie que j’ai personnellement trouvée addictive. Et puis cette accumulation de voix permet de donner corps à une communauté dont Tommy Orange dresse ainsi un portrait vivant et touchant, tout en rendant hommage à sa diversité.

J’ai beaucoup aimé.


Une lecture faite en commun avec Fabienne et Doudoumatous et qui nous permet d’ajouter une nouvelle participation à Lire (sur) les minorités ethniques.

Commentaires

keisha a dit…
Je n'ai pas persisté dans ma lcture (trop e tentations?)
Sandrine a dit…
Un livre qu'il faut sans doute lire à tête reposée... je ne connais pas cet auteur, j'imagine qu'il est lui-même amérindien...
Miss Sunalee a dit…
Je suis complètement passée à côté de ce roman, trop fragmenté pour moi (et très sombre alors qu'au moment de ma lecture je cherchais quelque chose de plus positif).
Aifelle a dit…
Je l'avais noté à sa sortie et pas eu l'occasion de le lire. Il n'est pas trop tard, le thème m'intéresse toujours.
Sacha a dit…
Les avis sont partagés mais je suis quand même tentée d'essayer devant cette chronique enthousiaste. Le mode polyphonique qui fait écho au pow-wow, c'est astucieux et intéressant.
Kathel a dit…
Comme Keisha, je n'ai pas assez insisté... L'avantage et l'inconvénient des médiathèques bien fournies ! :)
luocine a dit…
je vois que les avis sont partagés mais il me tente quand même car le sujet m'intéresse
Thaïs a dit…
Le thème m’intéresse mais cela me semble un peu alambiqué pour lire ce type de roman en ce moment
je lis je blogue a dit…
J'ai eu un peu de mal, au départ à entrer dans le roman, mais cette sensation ne dure pas. Lorsqu'on a compris comment l'auteur a construit le fil narratif, on s'y retrouve. Le sujet est captivant et j'aime cet aspect polyphonique.
Fanja a dit…
Un livre que je compte lire depuis un moment, mais je n'étais pas prête pour vous rejoindre dans la LC. Il m'attend sagement dans ma PAL en tout cas. Ravie de voir que je ne devrais pas regretter cette acquisition.
Athalie a dit…
J'avais été assez mitigée pour ma part, la succession des voix, la succession des échec, toujours un peu les mêmes, m'avait donné l'impression de tourner en rond ( genre, oui, j'ai compris ...) Mais quand même, j'avais appris des trucs sur l'histoire des Amérindiens, notamment l'occupation d'Alcatraz, une belle révolte !
Violette a dit…
Une occasion de découvrir cet auteur pour moi, peut-être?
Livr'escapades a dit…
L'intrigue et la structure en toile d'araignées étaient vraiment réussies, tout comme le choix des personnages aux parcours de vie et motivations si diverses. J'ai tout aimé dans ce roman, merci de me l'avoir fait sortir de ma pal!
Ingannmic, a dit…
Dommage, c'est vraiment un très bon roman...
Ingannmic, a dit…
Il n'est pas si complexe que ça, en tous cas ce n'est pas ce que j'en retiens (et ce qui est assez pratique, c'est que chaque chapitre a pour titre le nom du personnage dont il y est question, qui est repris en haut de chaque page, ce qui fait que quand on a oublié qui était qui, on peut retrouver facilement ses repères).
A lire, en tous cas !
Ingannmic, a dit…
Ah, et oui, Tommy Orange est lui-même cheyenne.
Ingannmic, a dit…
Pas mal de lecteurs lui ont fait ce reproche, ça ne m'a personnellement pas gênée, au contraire...
Ingannmic, a dit…
Tout à fait ! J'espère qu'il te plaira, le thème est abordé de manière originale.
Ingannmic, a dit…
Oui, tente ! D'autant plus que tu as là non pas une mais trois chroniques enthousiastes.. et la construction est en effet habile.
Ingannmic, a dit…
En même temps, j'imagine que si vous avez jeté l'éponge, c'est qu'il ne vous accrochait pas vraiment...
Ingannmic, a dit…
Dans ce cas, le mieux est au moins d'essayer ! S'il t'enthousiasme autant que nous 3, c'est gagné...
Ingannmic, a dit…
Garde-le dans un coin de ta tête pour plus tard si tu peux, il vaut vraiment le détour, et n'est pas si alambiqué que ça.
Ingannmic, a dit…
Tu as parfaitement raison, une fois lancé, il est plutôt facile à suivre, et c'est cette construction qui fait en partie l'intérêt du roman. Ravie de notre belle unanimité !
Ingannmic, a dit…
J'attends ton avis avec impatience. Toi qui aimes les romans à la construction originale, il pourrait bien te plaire...
Ingannmic, a dit…
Je me souviens de ton avis, qui m'a fait aborder ce roman avec méfiance... alors oui, il y a des redondances, notamment dans la dimension tragique de ces existences, mais je trouve que l'auteur a aussi réussi à instiller quelque chose de singulier dans chacun de ses portraits.
Ingannmic, a dit…
Il n'a pour l'instant écrit que ce titre, tu ne pourras donc le découvrir qu'avec celui-là, mais c'est une bonne chose !
Ingannmic, a dit…
De même ! J'appréhendais sa lecture, en raison des bémols exprimés notamment sur sa construction. Je l'en ai d'autant plus apprécié, finalement...
Anonyme a dit…
Ce tourbillon étourdissant rend effectivement compte de la multitude de voix et de souffrances amérindiennes dans une Oakland bien triste.
ceciloule a dit…
Oups, j'ai oublié de m'identifier !
Ingannmic, a dit…
J'ai été à deux doigts de l'ajouter à mes coups de cœur de l'année, ce qui m'a retenu est sans doute le fait que cette construction narrative, qui donne au récit soin énergie et son originalité, a aussi fait qu'avec le recul, je n'en ai pas gardé un souvenir très net (mais je garde néanmoins celui du plaisir pris à la lecture).