"La couronne verte" - Laura Kasischke

Dans la forêt lointaine...

Laura Kasischke est une sorte d'experte de la douche écossaise... et ce n'est pas la lecture de "La couronne verte" qui me fera changer d'avis.
Une fois encore, elle introduit dans un décor lisse et même surfait, un événement qui fait basculer son récit dans l'horreur, et éclater l'univers rose bonbon qui lui sert de contexte de départ.

Anne, Michelle et Terri sont en dernière année de lycée. Avant de quitter le foyer familial pour quelque université américaine, elles s'offrent, à l'instar de milliers d'autres jeunes avant elles, une semaine de vacances au soleil, plus précisément à Cancún.
Plage, piscine, alcool, drague, l'ensemble du programme prévu est à l'image d'une jeunesse insouciante et gâtée.
Mais les jeunes filles ont aussi l'intention de profiter de leur séjour pour découvrir une partie de la richesse du patrimoine pré-colombien. C'est pourquoi Anne et Michelle n'hésitent pas longtemps avant d'accepter la proposition d'un quadragénaire de les emmener en excursion. Ce dernier, historien et archéologue amateur, avait justement l'intention de se rendre sur le site maya de Chichén Itzá...

Deux univers sont ici mis en contraste de manière évidente. La superficialité des jeunes américains en quête de plaisirs faciles et éphémères, côtoie la luxuriance séculaire et quelque peu inquiétante de la forêt voisine. Tout comme leur insouciance et leur fatuité s'opposent au caractère mystique et sacré de l'atmosphère qui émane des vestiges laissés par des peuples ancestraux.

La plupart des étudiants, se contentant de fréquenter plages et discothèques, ne soupçonnent même pas la profondeur et la richesse de ce monde, pour lequel ils n'éprouvent d'ailleurs aucune curiosité. Il n'en est pas de même pour Anne et Michelle, et leur incursion au cœur de la forêt dense et vivante va bouleverser leur existence...

La principale réussite de "La couronne verte" réside pour moi dans le talent avec lequel Laura Kasischke nous imprègne d'une ambiance à la fois poisseuse, angoissante, et surnaturelle.
J'ai en revanche regretté le manque de subtilité dont souffre parfois l'intrigue. La volonté de l'auteure de mettre en opposition deux univers transparaît de manière trop évidente, presque offensante pour les capacités intuitives du lecteur...

Dans l'ensemble, et malgré ce bémol, j'ai passé avec ce roman un agréable moment.


>> Deux autres titres pour découvrir Laura Kasischke :

Commentaires

  1. Rien que ton billet fait légèrement flipper, je n'ose même pas imaginer le roman entier! (les malédictions d'anciennes civilisations et autres joyeusetés anthropologiques marchent toujours bien sur moi!).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tu aimes ce genre d'ambiance, il te plaira sûrement...

      Supprimer
  2. J'avais adoré l'ambiance moite et glauque de ce roman ! Les "Springbreakers" est aussi le thème d'un film qui vient de sortir hier sur ce phénomène typiquement américain.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, j'ai vu la bande annonce la dernière fois que je suis allée au ciné. Je ne l'ai pas trouvée tentante !
      Et moi aussi, c'est l'ambiance qui m'a plu dans ce roman.

      Supprimer
  3. Je suis à la moitié des Revenants, je pense que je n'arriverai à bout de ce roman qu'à la fin du mois. Il me tient en haleine même si j'ai plusieurs choses à lui reprocher.
    Mon ressenti n'est pas exactement le même que le tien.
    Il n'y a pas de mise en opposition de deux univers dans celui que je suis en train de lire. Tout se passe dans les mêmes eaux troubles, partout.
    Par contre, la caractéristique commune entre La couronne verte et Les revenants est visiblement la jeunesse qu'elle dépeint (représentation qui me rappelle celle de Tom Wolfe (cf. Moi, Charlotte Simmons)) : des dévergondés, nymphomanes, anorexiques, menteurs, traitres, frivoles, superficiels... Tout un programme !
    A moins qu'elle n'ait un problème avec l'humanité?
    Ses personnages sont quand même tous royalement tarés.
    Ce qu'il y a de barbant avec L. Kasisckhe, c'est que je ne parviens jamais à dire que je n'aime pas. Et pourtant, les 90% des ingrédients et des ficelles qu'elle utilise pour ses romans me dérangent.
    Restent 10% de suspens qui me poussent malgré moi à aller jusqu'au bout.
    Cette bonne femme, c'est une ensorceleuse.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai qu'elle a un talent certain pour susciter l'intérêt du lecteur.
      Quant à ses personnages... eh bien, peut-être qu'elle trouve davantage de matière à exploiter chez les individus un peu dérangés ?
      Mais je vois ce que tu veux dire, il y a chez elle comme une sorte de complaisance à mettre en scène des héros déséquilibrés, et à inventer les situations les plus glauques possible.
      Peut-être que cela titille la part de voyeurisme tapie en nous ?

      Supprimer
  4. "Peut-être que cela titille la part de voyeurisme tapie en nous ?"
    Oui. Il y a de grandes chances que ce soit précisément ça, qui me pose problème...
    Elle parvient à faire de moi une voyeuse alors que je ne prétends pas l'être et ça me choque qu'elle me pousse à me découvrir telle que je ne pensais pas être.
    Mais sa démarche est vraiment hyper borderline. Un peu plus et je renierais totalement ses bouquins. Elle est maligne ! ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Maligne est sans doute le mot... Finalement, il s'en faut de peu que ses romans méritent d'être classés dans la catégorie des historiettes de série B, et elle parvient, avec ses gros sabots, ã capter l'attention de lectrices et de lecteurs par ailleurs exigeants sur la construction des intrigues...

      Supprimer
  5. Il y a forcément quelque chose de l'ordre du voyeurisme ou du masochisme .... Cela m'a fait encore le même coup avec le dernier d'elle que j'ai lu, "Rêves de garçon" ... On commence une "historiette de série B", on se fait prendre dans la machine "border line", et on se retrouve à la fin en ce demandant ce qui nous a pris ! C'est gênant, mais pour l'instant j'aime bien.
    Pour "La couronne verte", cependant, comme toi j'avais trouvé la construction trop artificielle et la fin, pas tout compris ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me demande d'ailleurs si ce procédé qu'elle utilisé dans beaucoup de ses romans, visiblement, ne finit pas par lasser, l'effet de surprise n'étant plus au rendez-vous ?

      Supprimer

Enregistrer un commentaire