"Les joueurs" - Stewart O'Nan

Les jeux sont faits ?

Après trente ans de mariage, Marion et Art Fowler forment l'un de ces couples à l'entrain poussif, ayant perdu toute passion. Ils n'échangent quasiment plus qu'à propos de leurs motifs respectifs d'amertume et de reproche. Leur situation financière, désastreuse, n'arrange pas la situation. Surendettés, ils sont obligés de vendre leur maison, et même cela ne suffira pas à leur permettre de sortir la tête de l'eau.

Ils ont décidé de tenter l'impossible : en possession de leurs dernières économies, ils ont prévu de passer quelques jours sur les lieux de leur lune de miel, près des chutes du Niagara. Ils vont jouer les quelques milliers de dollars qui leur reste au casino, quitte à tout perdre, quitte à tout flamber. Art voit là l'occasion d'un nouveau départ, et de resserrer le lien qui s'est distendu au fil des années, surtout depuis qu'il a trompé Marion, qui ne le lui a jamais vraiment pardonné.

Elle aussi pense à un nouveau départ, mais un départ différent de celui qu'envisage son mari. Certes, la trahison d'Art a contribué à la faire douter sur la pérennité de son couple, sur la force et l'authenticité des sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Mais Marion est, d'un manière plus générale, une femme déçue, que le constat de sa vie écoulée déprime et déstabilise. Fatiguée, elle n'a plus vraiment envie, contrairement à Art, de sauver leur relation. Elle fait bonne figure, face à tout le mal que se donne celui-ci pour faire de ces quelques jours un moment mémorable, mais le cœur n'y est pas..

Le destin des Fowler est un destin ordinaire, marqué par les choix que l'on regrette, les erreurs que l'on voudrait n'avoir jamais commises, mais aussi par tout ce qu'on ne contrôle pas, ces aléas de l'existence qui vous percutent et bouleversent l'ordre que vous croyiez définitivement établi...
Comme tant d'autres, Art et Marion ont cru que le fait de posséder une maison, d'avoir des enfants, étaient des assurances de bonheur, ils se sont cru différents, à l'abri de la médiocrité, de la lassitude...
Le chômage, les mauvais placements boursiers ont fait s'écrouler cette fragile illusion. Car le manque d'argent ne les rend pas plus malheureux. Simplement, il fait disparaître les éléments matériels sur lesquels s'appuyait leur prétendu bonheur, les obligeant à s'avouer qu'il ne s'agissait que d'une façade...

Stewart O'Nan nous livre avec "Les joueurs" une chronique douce amère très touchante. Ses personnages sont presque palpables tant ils sont crédibles, grâce à la justesse avec laquelle il dépeint leurs attitudes et leurs réflexions, la gentillesse maladroite d'Art, l'agacement de Marion face manies de son mari...

J'avoue que l'auteur a un talent certain pour nous émouvoir avec ces héros ordinaires, comme il le faisait dans "Emily". Mais je sais aussi qu'il est capable de s'exprimer dans un registre plus torturé, plus original, ainsi qu'il l'a démontré avec "Un mal qui répand la terreur" ou "Le nom des morts".
Et moi, j'aimerais bien retrouver cet O'Nan-là, dans ses prochains romans...

>> L'avis de Miss Sunalee.

>> D'autres titres pour découvrir Stewart O'Nan :
*Des anges dans la neige
*Le pays des ténèbres
*Le nom des morts 
*Emily

Commentaires

  1. Je viens de terminer "Nos plus beaux souvenirs", ma première lecture de cet auteur, je suis quelque peu circonspecte ... ( note dans deux, trois jours).Là aussi, on est dans l'analyse de l'ordinaire, voire de "l'infra ordinaire", donc, je pense que je poursuivrai avec un plus torturé, ce que tu dis du "Nom des morts" me plait bien. A bientôt ! (On se croise en ce moment, je viens de publier une note sur un Craig Johnson " L'indien blanc" ...)

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    1. Je n'ai pas lu Nos plus beaux souvenirs, mais si j'ai bien compris, on y retrouve le personnage éponyme d'Emily, quelques années plus tôt.

      Le nom des morts est effectivement dans un registre complètement différent, j'espère qu'il te plaira.

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  2. "Nos plus beaux souvenirs" est la chronique familiale typique, une analyse dans les moindres détails du quotidien. Et j'ai beaucoup aimé, tout comme d'autres romans plus torturés.

    Sinon, nous avons en effet eu la même impression pour "Les joueurs" !

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    1. Ses romans "chroniques" sont certes bien écrits, et agréables à lire, mais j'aimerais qu'il se remette à écrire des textes plus forts...

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