"Le troisième policier" - Flann O'Brien

"Apparemment il n'y a pas de limite. C'est un endroit où l'on peut dire n'importe quoi et où il faut croire que c'est vrai".

"Le troisième policier" a été une délicieuse occasion de renouer avec l'humeur drolatique et loufoque de Flann O'Brien. Première des bizarreries d'une intrigue qui en est, pour notre plus grand bonheur, truffée : le narrateur a oublié son identité... Il se souvient bien, en revanche, des événements qui l'ont conduit à vagabonder dans un environnement étrange, et qu'il entreprend de nous relater.

Après une adolescence passée, suite à la mort de ses parents, dans un pensionnat, il regagne la ferme familiale, administrée en son absence par John Divney, régisseur aussi cupide que fainéant, avec qui il noue une amitié quasi fusionnelle. Motivé par sa passion pour le défunt chercheur De Selby -avec lequel nous avions fait connaissance dans "L'archiviste de Dublin"-, il entreprend d'élaborer un index recensant toutes les références se rapportant à ses théories tordues dans la littérature spécialisée.
Projet qui fournit à Divney un argument solide pour le convaincre d'assassiner l'un de leurs vieux voisins : le magot de ce dernier permettra à l'écrivain en herbe de publier son oeuvre...

Après cela, notre héros est comme transposé dans un univers dont on ne sait s'il est réel ou rêvé. Il y vit des aventures insensées en compagnie de policiers présentant entre autres particularités de se focaliser sur tout délit impliquant une bicyclette, et d'être obsédés par l'osmose qui, s'opérant entre les deux-roues et leurs conducteurs, produirait des créatures hybrides, mi-homme mi-vélo.

Embarqué dans cette dynamique à la fois merveilleuse et terrifiante, le narrateur, ahuri mais prudent, n'ose contredire l'étonnante logique de ses interlocuteurs. Allant de surprise en surprise, il les découvre capables de disserter sur les mérites du dérailleur à trois vitesses ou de la pédale à scie, de fabriquer d'incroyables objets d'une émouvante inutilité...

"Le troisième policier" est un festival d'hilarante fantaisie, servi par une plume précise et soignée, rythmée par la truculence de certains de ses personnages, auxquels l'auteur prête des tics langagiers cocasses et poétiques. Flann O'Brien y déploie une imagination féconde, joue avec les mots avec humour et intelligence...

Bref, un véritable régal !

Commentaires

  1. Je l'ai lu il y a très longtemps; je n'en garde pas un souvenir impérissable.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne suis pas sûre non plus d'en garder un souvenir bien précis... mais il m'a permis de passer un excellent moment, et c'est déjà beaucoup (et je crois en revanche que je garderai en mémoire ces fameux hommes-bicyclettes !)

      Supprimer

Enregistrer un commentaire