"Autoportrait de l’autre" - Chahdortt Djavann
"Ma vie s'est faite toute seule, elle n'avait pas besoin de moi pour avancer, pour grimper les années quatre à quatre ; pour m'épuiser. Je n'étais qu'un esclave, qu'un pion pour elle. Elle n'a jamais demandé mon avis. Elle va bientôt me lâcher. Maintenant qu'elle en a fini avec moi, maintenant que je ne peux plus la suivre, la servir. C'est une pute la vie." Au gré de sa solitaire (et mystérieuse) agonie dans le décor d’une pièce (une chambre ?) non moins mystérieuse dont il ne nous sera donné à voir que le plafond blanc, le narrateur nous embarque dans le flux fiévreux de ses pensées, de ses souvenirs. Et d’emblée s’exprime la mesure de l’amère douleur qui les imprègne. Le dénuement, l’isolement qui entourent ses derniers moments semblent en discordance avec l’existence qui fut la sienne, celle d’un très célèbre photographe de guerre présent sur tous les fronts du monde et de son temps, immortalisant, du Rwanda à la Yougoslavie, les images...