"Le rire de 17 personnes" : anthologie de nouvelles contemporaines

Littérature éviscérée...

C'est la curiosité qui m'a poussée à lire cette anthologie. 
La Corée du nord, enclave dont ne nous parviennent que des bribes d'informations qui semblent émaner d'un autre monde, et que leur dimension démagogique à l'extrême rendent tristement invraisemblables, reste, pour nous occidentaux, une énigme... Imaginais-je percer, avec ce titre, ne serait-ce qu'une once de ce mystère ? 

Le recueil que nous proposent les Editions Actes Sud regroupe des textes d'écrivains hommes ou femmes, datant des années 80 et 90, antérieurs à la grande famine dont le pic de mortalité culmina en 1997, et qui totalisa jusqu'à un million de victimes.

Ce qui frappe d'emblée le plus fortement, c'est l'uniformité que confère à ces nouvelles le sens qu'ont souhaité leur donner leurs auteurs. Odes aux bonheurs simples et collectifs, toutes vantent des valeurs qui en soi ne sont pas critiquables, tels l'altruisme, la primauté de l'intérêt communautaire sur les désirs ou les aspirations de l'individu, la droiture, l'amour de son prochain... Ces vertus, ingénument présentées comme inhérentes au peuple nord-coréen -acquérant ainsi un caractère presque ridicule- permettent aux héros mis en scène d'accéder à la joie, ainsi qu'à une certaine forme de pureté, d'idéal.

Et si on trouve bien parfois dans "Le rire de 17 personnes" l'expression des bassesses ou des emportements propres à l'homme, c'est sous la forme d'égarements temporaires dont les victimes finissent immanquablement, pour le bonheur de tous et surtout d'eux-mêmes, par rejoindre le chemin de la rédemption.
A moins que ces ces défaillances ne soient le fait d'étrangers... L'un des récits est en cela très significatif. Inspiré d'un incident diplomatique avec les Etats-Unis, survenu en pleine guerre du Vietnam, l'auteur y dresse un portrait éreintant des impérialistes occidentaux, qui à ses yeux cumulent tous les vices : esclaves de leurs désirs et de l’argent, ils sont dépeints comme arrogants, sales, puants, drogués, et de surcroît homosexuels -!- ... De même, en relatant les tentatives d'un acteur nord-coréen pour percer au pays du soleil levant, l'un des auteurs met en évidence le racisme japonais, et en conclut que la seule patrie vivable pour ses concitoyens est la République populaire démocratique de Corée.

Chaque nouvelle se termine d'ailleurs ainsi par une morale qui chante les louanges du système et met en exergue les valeurs humaines des coréens, êtres altruistes, dévoués, et aimants. 

La standardisation des textes, qui donne le sentiment que l'ensemble de ces écrivains, loin de toute spontanéité, obéissent à des règles imposées par des instances supérieures, ainsi que ce déni de la possibilité du mal -réservée aux méprisables capitalistes- chez l'homme nord-coréen, sont assez glaçants. La dimension manichéenne, appuyée par un ton à la fois lyrique et naïf, dénué de toute subtilité, renforce le sentiment de malaise.

Plutôt que de la fiction, on a l'impression de lire une propagande pour ce formidable et bienfaiteur état providence que serait la République populaire démocratique de Corée. Et le résultat, c'est qu'on n'a finalement jamais l'occasion d'approcher véritablement l'âme de ce peuple qui, à l'issue de cette lecture, conserve pour moi toute son opacité.

Bref, bien qu'intéressant d'un point de vue culturel et sociologique, tout cela manque un peu de tripes...

Commentaires

  1. J'avais repéré ce recueil aussi, pareil que toi, des récits nord-coréens, on se dit que c'est quand même une sacré occase, mais les nouvelles me refroidissent toujours un peu, du coup pour l'instant je n'ai pas sauté le pas. J'y viendrai certainement un jour, malgré le fait que tu sois un peu déçue.

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    1. Je ne regrette pas ma lecture, c'est une expérience curieuse... mais les Nord-coréens me semblent toujours aussi opaques !!

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