"Génération" - Paula McGrath

Un goût de "trop peu".

Paula McGrath nous invite à un voyage à travers le temps, de 1958 à 2027, ponctué d'étapes à l'occasion desquelles elle nous présente des hommes et des femmes que nous accompagnons à un moment de leur destin.

Le premier homme que nous rencontrons est un immigré irlandais anonyme, qui s'apprête à descendre dans une mine de charbon canadienne, espérant y gagner l'argent qui lui permettra d'acheter une ferme dans son pays natal. 

Un bond de quatre décennies nous amène ensuite aux côtés de Joe, d'Áine et de Daisy, sa fille de cinq ans. Récemment divorcée, Áine réalise que la banalité de sa vie ne la satisfait plus, elle éprouve un manque dont elle peine à identifier la véritable nature. C'est dans cet état d'esprit, à la fois aventureux et quelque peu désorienté, qu'elle quitte pour quelques semaines l'Irlande, sa fille et ses collègues de bureau, pour "wwoofer" dans une ferme biologique de l'Illinois, où elle travaillera en échange du gîte et du couvert. La ferme est tenu par Joe, un quadragénaire bourru, qui s'investit pleinement dans une exploitation qu'il maintient avec peine, mais est atteint d'une procrastination quasi pathologique dès qu'il s'agit d'entretenir sa maison ou sa propre hygiène corporelle. Solitaire, irritable, accro à la fumette, surtout l'hiver, saison qui le plonge dans des états dépressifs d'insatisfaction passive, c'est aussi un homme mystérieux et très intelligent, qui suscite à la fois attirance et exaspération.

Le récit navigue entre ce trio et d'autres personnages, au fil d'interactions qui ne sont pas toujours d'emblée évidentes. A Chicago, Judy, professeur de piano à domicile, obèse et vieillissante, trouve l'un de ses rares plaisirs dans l’enseignement qu'elle prodigue à Kane, enfant particulièrement doué. Makiko, la mère de Kane, dont la vie est dédiée à la réussite de son fils, supporte de plus en plus difficilement l'exil qui la tient éloignée de son Japon natal. Il y aussi Vicky l'institutrice, Carlos, qui pendant de longs mois laisse sa famille au Mexique pour venir travailler au Etats-Unis, ou encore Franck, le mari de Judy...

"Génération", roman choral et intergénérationnel, traverse divers destins et diverses époques avec comme fil rouge les thématiques de la migration, de l'exil (qu'il soit contraint ou volontaire) et de la transmission : dans quelle mesure le legs social, culturel, personnel de nos parents, détermine-t-il nos choix, notre place dans le monde ? Avons-nous une responsabilité vis-à-vis de ce legs, avons-nous notamment une obligation de mémoire envers l'histoire de nos ascendants ? 

La plupart des héros, entre lesquels l'auteur tisse des correspondances souvent fugaces mais qui en se révélant peu à peu cimentent la cohérence de l'intrigue, se trouvent à un moment charnière de leur existence, conscients d'un bilan qui ne les satisfait pas. Chacun à sa manière tente d'infléchir son destin ; certains y parviennent, d'autres n'en trouvent pas le courage...

Paula McGrath préfère à l'intensité de la tragédie la subtilité de l'ellipse. Elle suggère souvent, plutôt que de les décrire, les événements et leurs conséquences, insistant sur les manifestations indirectes des fêlures et des questionnements qui habitent ses personnages.

Son choix narratif, cette multiplicité de points de vue -dont la construction est d'ailleurs parfaitement maîtrisée-, constitue une force, en donnant à l'intrigue une dynamique addictive, mais est aussi, à mon avis, sa limite, dans la mesure où il est associé à une relative brièveté. Tous les personnages ne sont pas abordés avec la même profondeur, et d'une manière générale, on retire de chacun une impression plutôt fugitive. Bien qu'agréable, cette lecture ne me laissera donc pas un souvenir impérissable, en raison de ce manque de densité...

>> L'avis de Kathel

Commentaires

  1. J'ai beaucoup apprécié cette manière elliptique de présenter les personnages... c'est vrai qu'il y a matière à un roman plus dense, mais ça change et ça m'a plu. J'attendrai le prochain roman de l'auteure !

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    1. Ah, ton commentaire me rappelle que je voulais mettre un lien vers ton billet... je le rajoute. Et je suis d'accord sur le fait que c'est une auteure à suivre.

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