"Lune captive dans un œil mort" - Pascal Garnier

"Oui, c'était comme de vivre en vacances, à la différence près que les vacances avaient une fin alors qu'ici il n'y en avait pas. C’était un peu comme s'ils s'étaient payés l'éternité, ils n'avaient plus d'avenir. Preuve qu'on pouvait s'en passer".

Odette et Martial Sudre, retraités, se sont offerts pour leurs vieux jours un pavillon dans une résidence du sud de la France, "Les Conviviales". Une résidence composée d'un ensemble de maisons neuves, toutes identiques, dont l'accès est protégé et la surveillance assurée par un gardien taciturne et patibulaire. Les Sudre sont les premiers à investir les lieux, bientôt rejoints par Marlène et Maxime Node, retraités eux aussi, puis par Léa, qui a hérité quant à elle de sa maison suite au décès de celle dont elle fut la secrétaire particulière durant des années. C'est le soleil que recherchent nos deux couples de retraités, ainsi qu'une existence paisible, loin de la trépidation et de la violence urbaines.
Seulement, le fait de s'isoler et de s'entourer de barrières protectrices ne préserve pas de soi-même... Au contraire, semble insinuer Pascal Garnier : une fois que l'on n'a plus à se préoccuper que de soi, comment affronter le désœuvrement lié à tout ce temps à combler, et accepter l'idée de n'être plus utile à une société au sein de laquelle, en tant que "membre du 3ème âge", vous vous sentez exclus, inadapté ? En cohabitant ainsi en petit comité et en vase clos, les protagonistes de "Lune captive dans un œil mort" ne font finalement qu'exacerber leurs angoisses, celles des uns ricochant sur celles des autres sans trouver d'exutoire. "Les Conviviales" se transforment aux yeux du lecteur en un laboratoire dont les résidents seraient les cobayes, et où l'on testerait les effets de la cohabitation en milieu restreint avec quelques inconnus. Dites... cela ne vous rappelle rien, à vous ?!

Ce n'est que le second roman que je lis de cet auteur, mais il m'a confortée dans l'impression qu'il y a une "empreinte Pascal Garnier", un ton qui lui est propre, et qui confère à ses histoires un charme particulier et reconnaissable. C'est sans doute lié à cette façon qu'il a d'user d'un humour à la fois grinçant et un peu décalé. Les personnages qu'il nous présente semblent dans un premier temps plutôt banals, mais il les place dans des situations qui révèlent leurs petits travers, que l'auteur pointe avec ironie, avant de les faire basculer dans leur folie... Sa capacité à mettre en lumière et à accentuer l'absurdité que dissimulent certains de nos comportements imprègne son récit d'une atmosphère un peu dérangeante, voire par moments presque surnaturelle.

Un seul regret, à l'issue de cette lecture : j'aurais aimé qu'elle dure un peu plus longtemps...

Commentaires

  1. C'était une des caractéristiques de Pascal Garnier : Ristretto. Court, noir et sans sucre, pour reprendre un titre excellent d'Emmanuelle Urien.

    RépondreSupprimer
  2. Ceci dit, il existe une solution pour faire durer le plaisir : c'est d'en lire un autre...

    RépondreSupprimer
  3. J'ai adoré La solution Esquimau du même auteur. Et si cet humour grinçant et décalé est bien la marque de fabrique, alors c'est certain, je vais suivre ton conseil pour faire durer le plaisir : j'inscris celui-ci sur ma Liste A Lire !

    RépondreSupprimer
  4. Je note de mon côté "La solution esquimau". Le sujet du "Grand loin" me tente aussi...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire