"La sanction" - Trevanian

Du suspense, de l'action, mais pas que...

"La sanction" s'ouvre sur une galerie de personnages bien peu ordinaires... Nous y suivons pour commencer l'agent Wormwood, qui se trouve à Montréal dans le cadre d'une mission dont l'a chargée le CII, l'organisation secrète américaine pour laquelle il travaille. Wormwood est maladroit et n'a pas l'air très futé... parvenu à sa chambre d'hôtel, il est d'ailleurs victime d'un piège dont il ne sortira pas vivant.
C'est là qu'entre en scène LE personnage principal du roman, Jonathan Hemlock, inoubliable par son atypisme. A la fois professeur d'université érudit, ex alpiniste de renommée internationale, collectionneur de conquêtes féminines et d’œuvres d'art, il a ponctuellement besoin, pour entretenir cette dernière passion, de sommes d'argent conséquentes que ne lui procure pas son activité professionnelle. C'est pourquoi il offre parfois ses services à la section "Recherche et Sanction" du CII, avec pour mission de "punir" les agents ennemis ayant eu la mauvaise idée d'éliminer un membre de l'organisation américaine.
A la demande de l'étrange Dragon, un albinos qui vit cloîtré dans une chambre obscure à la température constante de 30°, Jonathan doit sanctionner l'assassin de Wormwood.

La première partie du roman s'attarde ensuite sur la personnalité hors du commun dudit Jonathan, dont on apprend entre autres, par le truchement de nombreux fash backs, qu'il est dénué de conscience morale, mais qu'il accorde à la loyauté en amitié une importance qui ne souffre aucune concession.
Autour de son héros, Trevanian fait évoluer nombre de personnages secondaires qu'il ne néglige pas pour autant, donnant de la densité à son récit, et suscitant l'intérêt du lecteur sans jamais l'amoindrir.
Et si cela ne suffisait pas, il insuffle un tel rythme à l'action de son roman, qu'il est probable que vous aurez toutes les peines du monde à le reposer une fois ouvert, et à ne pas le lire d'une traite jusqu'à l'haletant final que j'aurais voulu plus long...

C'est en 1972 que Trevanian (pseudonyme d'un auteur mystérieux, et "probablement mort", ainsi que nous l'apprenons en préambule de l'ouvrage) écrivit ce roman, que viennent de republier les éditions Gallmeister, ce qui me fait dire que "La sanction" n'a pas pris une ride ! On y retrouve cet humour cynique, ce ton désabusé qui font le charme des grands romans d'espionnage, mais on y décèle aussi une certaine distance que prend l'auteur vis-à-vis de son pays natal. Par l'intermédiaire du personnage de Jonathan, qui fait preuve d'une absence surprenante de patriotisme, qui se désintéresse de toute idéologie, on le devine critique à l'égard d'une nation qui fait preuve d'un arrogant sentiment de supériorité... et ce, en pleine période de guerre froide !

Un roman à (re)découvrir, pour tous ceux qui aiment les histoires à suspense, et pour tous les autres aussi !

Retrouvez cet article (et plein d'autres) sur le site de la librairie Dialogues.

Commentaires

  1. Ohlalalala ! Je vais devoir arrêter de consulter ton blog ! Sérieux, trop tentateur ! Pffff... Et encore un de noté !

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  2. Ah ça peut beaucoup me plaire, en particulier le personnage principal sans conscience morale. je note (et allez ! Encore un :-)!)

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  3. J'ai fait fort sur ce coup-là : acheté pour l'anniversaire de ma belle-soeur préférée ;-)))
    (Ou comment être certaine d'augmenter sa PAL tout en se déculpabilisant)
    Parenthèse : Est-ce que je t'inscris au livre voyageur de Saxaoul "40 ans, 6 morts et quelques jours..." ?

    Bonne journée !

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  4. Oui, je veux bien, c'est sympa, cette proposition !

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