"40 ans, 6 morts et quelques jours..." - Victor Rizman

Y'a un truc qui cloche...

Demain, Victor a 40 ans. Alors qu'il sort ses poubelles en cette veille d'anniversaire, il fait un constat désabusé... Qu'a-t-il fait de sa vie?
Cadre dans une boîte de pub, il se rend compte que son travail est constitué d'une série d'automatismes qui ne lui apportent aucune satisfaction. La gracieuse danseuse qu'il a épousée voici bientôt deux décennies est devenue une femme quelconque au corps mou, dont l'occupation la plus excitante consiste à collectionner des figurines en porcelaine. Il ne communique pas davantage avec sa fille de 17 ans, dont il s'est complètement éloigné. Et pour finir, il n'a même pas d'amis...

Comment va réagir Victor face à cet amer bilan?
Il aurait pu se suicider, inscrire sa femme dans un centre de remise en forme, ou encore, à l'instar du héros du roman de David Vann, partir avec sa fille sur une île déserte afin d'apprendre à mieux la connaître.
Mais non, Victor ne fera rien de tout cela...
Victor va devenir SERIAL KILLER!

Autant le dire tout de suite, il s'agit là de l'un des points qui ont fait que je n'ai pas été vraiment emballée par ce roman, dont certains passages m'ont paru presque surréalistes, et surtout en inadéquation par rapport au reste du récit.
Je n'ai pas besoin, pour aimer un roman, qu'il soit forcément crédible. Au contraire, j'apprécie les univers fantaisistes et imaginaires.
Ce qui m'a gênée, dans "40 ans, 6 morts et quelques jours", c'est que les événements qui y étaient, à mon sens, irréalistes, ne semblaient pas avoir leur place dans un ensemble par ailleurs relativement terre-à-terre. Cela m'a donnée l'impression que l'auteur jouait sur deux registres parce qu'il n'avait pas voulu en choisir un...

Certes, Victor Rizman nous livre une réflexion intéressante et plutôt bien menée sur les limites d'une existence soumise aux diktats de la société de consommation, ainsi que sur l'interaction existant entre les événements et leur retentissement médiatique (lequel influence l'autre?).
Mais à côté de ça, on a un journaliste qui se vautre dans la terre pour communiquer avec sa défunte "mémé", ou deux serial killers qui ne se connaissent pas mais communiquent par l'intermédiaire d'un site de rencontres sur leurs méthodes d'assassinats respectives... et mon problème, c'est que je n'ai pas eu le sentiment que ce qui pour moi était invraisemblable l'était aussi pour l'auteur.

Mon impression à l'issue de cette lecture est donc assez mitigée, et la fin du roman n'a fait que renforcer mon opinion : elle donne dans un premier temps une explication à certains aspects pour moi peu plausibles de l'histoire, pour finalement rebondir sur ce que je considérerai comme une incohérence...

Merci tout de même à Saxaoul d'avoir fait de ce roman un livre voyageur, et de m'avoir ainsi permis de le découvrir.

Commentaires

  1. Après avoir lu monts et merveilles sur ce livre, moi qui suis toujours aussi crédule, je l'ai mis au programme de mes vacances. Parce que quand même, un premier polar français dans une toute petite édition qui reçoit tant d'éloges, c'est intrigant. Donc, il est dans les cartons, je ne les refais pas parce que ça fait bien un mois que je me triture l'esprit pour savoir ce que je prends comme livres pour ces trois semaines, mais tu douches un peu mon enthousiasme...

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  2. Je ne me suis pas vraiment posée la question de la vraisemblance. C'est vrai que le journaliste qui se couche dans la terre m'a un peu surprise mais l'auteur m'a dit qu'il s'était inspiré de la réalité pour décrire ce personnage et en y réfléchissant je crois que c'est tout à fait possible. Bonne journée !

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  3. Ah, billet discordant très intéressant !

    Ce qui t'a déplu... est en partie ce qui m'a séduite ! J'ai aimé le personnage principal surréaliste et son imagination débordante (imaginer devenir serial killler !!!) dans ce quotidien on ne peut plus banal, mais aussi l'aspect déjanté bien caché d'autres personnages.

    Bonne journée Ingannmic !

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  4. >>> Ys : il est possible qu'il te plaise. En tous cas, je serai curieuse de lire ton avis, n'ayant quasiment lu moi aussi que des critiques très positives sur ce roman.

    >>> Saxaoul et Cécile : ce qui m'a déplu, ce ne sont pas tant les invraisemblances que le fait qu'elles m'aient parues discordantes par rapport au reste du récit. Si tout avait été à l'avenant, cela ne m'aurait pas gênée. Mais là, j'ai eu l'impression de lire deux livres qui se seraient malencontreusement mélangés...

    Bonne journée à vous aussi, et merci de votre visite !

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  5. Ton ressenti est interessant, cette "dualité" ne m'a pas marqué mais je comprends maintenant qu'il puisse produire cette impression... La fin (acte 1 & 2) m'a beaucoup plu en revanche, originale et cruelle à souhait :)

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  6. J'avais également posté cette critique sur L'agora des livres (http://www.agoradeslivres.com), et l'auteur y a répondu. Je copie ici son message, auquel j'ai répondu en substance la même chose qu'à Saxaoul et Cécile ci-dessus :
    .........................................
    Bonjour,

    Tout d'abord merci d'avoir pris le temps de lire mon premier roman.
    Je suis désolé que cela ne fût pas le plaisir escompté.
    Je respecte votre avis et vos critiques, cependant, je m'étonne de votre niveau de sensibilité à "invraisemblable". (C’est la seule critique récurrente pour ce roman d'ailleurs ! voir http://critiques.victor.rizman.over-blog.com/ )
    Mes voyages , mes rencontres, mon expérience dans la vie réelle m'ont amenés à fréquenter des gens bien plus invraisemblables que Sanglar, a être confronté par email à des coïncidences bien plus surprenantes que la rencontre de 2 serial killers en ligne, voir des gens prêter les plombs et commettre des actes bien plus graves et plus perturbants que ceux de mon personnage...
    Donc ne vous étonnez pas si ce qui vous parait invraisemblable ne l'est pas pour moi.
    Je suis souvent confronté à des situations que je n'oserais pas mettre dans un roman tellement c'est invraisemblable. Il semblerait malgré mon tri que cela soit encore "TROP" pour certains lecteurs...
    La réalité est pourtant bien plus "invraisemblable" que la fiction, mais ma fiction ne peut pas non plus être aussi triste et policée qu'un film de Walt Disney !
    Cordialement
    VR
    .........................................

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