"Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit" - Fabio Viscogliosi

A consommer avec ou sans modération.

Fabio Viscogliosi nous confie, dans l'un des premiers textes qui composent son récit, qu'il a toujours aimé les titres, dont il est allé jusqu'à faire collection ! Est-ce pour cette raison que "Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit" n'en compte pas moins de 154 ?
En effet, ce premier ouvrage de l'auteur est constitué d'une suite de textes très courts, qu'il a pris soin de tous intituler...

Il nous livre ainsi, en vrac, des historiettes inspirées de ses souvenirs d'enfance, des pensées et considérations qui embrassent des thèmes extrêmement divers, de l'hostilité du climat vénusien à l'importance de l'odeur des livres, de la technique utilisée pour cuisiner les lasagnes au rôle des vers dans la décomposition de toute matière organique... De nombreuses célébrités sont également conviées dans ces pages, sous la forme d'anecdotes relatives à certaines de leurs manies, à des phrases qu'elles auraient prononcées. Nous croisons ainsi Buster Keaton, Magritte, Franck Sinatra, Bob Dylan, François Villon, Georges Pérec, Simenon, et bien d'autres encore...
Au fil de la lecture, se dessinent peu à peu des images de l'enfance du narrateur (que l'on devine être aussi l'auteur), ou en tous cas certains aspects de son enfance qui semblent émerger de sa mémoire comme en étant des composantes essentielles. Le lecteur subodore notamment l'importance de la figure paternelle, ouvrier et immigré italien, dont l'évocation est récurrente, empreinte d'affection et de respect, la représentation de la mère se faisant quant à elle plus discrète, associée à la douceur et à la protection du foyer.
A intervalles réguliers, Fabio Viscogliosi exprime également sa difficulté à se sentir français dans ce pays où, bien qu'il y soit né, son patronyme aux consonances italiennes fait de lui un étranger, d'autant plus qu'il ne peut y relier aucune mémoire familiale. Et pourtant, il lui déclare aussi son amour, à cette patrie qui a accueilli son père et qui est surtout sa seule référence véritablement personnelle, le creuset de ses souvenirs d'enfance ainsi que de toutes les émotions et de la nostalgie qui s'y rattachent.

La brièveté des textes fait que cet ouvrage se lit très rapidement. Et puis certains passages sont drôles, d'autres touchants... On y retrouve aussi parfois des souvenirs, des références culturelles, musicales, similaires aux nôtres, et cela crée une sorte de proximité entre l'auteur et nous. Fabio Viscogliosi traque l'aspect significatif de certains faits a priori anodins, révèle ce que des paroles ou des événements banals peuvent avoir d'exceptionnel et d'inoubliable, lorsqu'ils sont perçus par un esprit d'enfant.

"Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit" peut, au choix, se dévorer d'une traite, ou bien se picorer de temps en temps, morceau par morceau...

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