"Solaire" - Ian McEwan

Humour anglais ?

On oublie souvent à quel point Ian McEwan peut être drôle (je ne sais pas si vous avez déjà eu la curiosité d'aller voir à quoi il ressemble, mais il faut dire que sa physionomie n'inspire pas spécialement la rigolade...). C'est bien, par conséquent, qu'il nous le rappelle de temps en temps.
Et "Solaire" a beau aborder des thématiques tout à fait sérieuses, voire dramatiques, de portée individuelle, ou plus universelle, il s'agit d'un roman que j'ai surtout pour ma part trouvé fort réjouissant, entre autres grâce à son risible personnage principal, qui parvient à être à la fois charismatique et pathétique, d'une suffisance insupportable, moqueur, impatient, et suscitant pourtant une certaine sympathie.

Et ce n'est pas n’importe qui : Michael Beard est un ancien prix Nobel de physique, qui a révolutionné le monde de la science avec une théorie à laquelle je n'ai pas compris grand-chose (mais ce n'est pas très important). Malgré un physique plutôt ingrat -il est petit, chauve et rondouillard-, son succès auprès des femmes lui vaut quelques déboires. Marié à cinq reprises, collectionnant les maîtresses, il réalise un peu tard être fou de désir pour Patrice, sa dernière épouse en date... Pour se venger de son mari volage, elle a elle-même pris un amant -un rustre et solide maçon- qu'elle fréquente avec une ostentation fort irritante pour Michael.

D'un point de vue professionnel, bien que relativement actif, il stagne sur la vague de sa renommée en multipliant de redondantes conférences et interviews, et en participant à de vagues projets sans réelle ampleur. Il réalise que depuis son prix, obtenu deux décennies auparavant, il n'a plus d'étincelle, ni d'idée nouvelle. La préoccupation scientifique du moment -le réchauffement climatique- provoque en lui peu d'intérêt : bien qu'il déplore vaguement la situation, il a d'autres préoccupations (comme trouver, par exemple, l'occasion de casser la gueule à cet abruti de maçon)... une attitude qu'en bon opportuniste il va modifier, lorsqu'il décide de se reprendre en main pour redonner une impulsion positive à son existence.

Ian McEwan pose avec "Solaire" un regard amusé et lucide sur ce qui fait courir ses contemporains. Il met en scène leurs travers sans complaisance ni jugement, en les plaçant dans des situations dont la dimension cocasse, voire grotesque, met en exergue la vacuité et la vanité de leurs emportements, de leurs passions. Pour ce faire, il met en parallèle les possibilités infinies et complexes d'un environnement dont la science tente de percer et de s'approprier les secrets, et la futilité, la brièveté des entreprises humaines, pour lesquelles les individus déploient stérilement des sommes d'énergie.

Ainsi, considérations scientifiques et transcriptions de théories abstraites côtoient dans son roman l'anecdotique, sous la forme d'un humour cinglant et jamais gratuit, le tout étant passé au crible d'une analyse clairvoyante des motivations plus ou moins avouables qui président à nos actes, et à la façon dont ces derniers sont par ailleurs soumis aux influences sociologiques, culturelles et médiatiques.

Tout cela fait de "Solaire" un roman à la fois drôle et intelligent.

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Commentaires

  1. Bonjour Inganmic, je confirme que ce roman a des moments amusants et le personnage de Michael Beard malgré ses lâchetés devient attachant. Bonnes vacances dans le Nord.

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    1. Merci... me voilà -déjà- de retour, avec dans mes valises quelques lectures scandinaves dont je prépare les billets ..

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  2. J'avais aimé "Sur la plage..." et j'ai a-do-ré (!) "L'intérêt de l'enfant", clairement ma meilleure lecture de 2015. Celui-ci, à priori, ne m'intéressait pas mais ton billet me le fait quand même noté; tu titilles mon intérêt. Merci.

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    1. J'avais moi aussi un a priori sur ce titre suite à la lecture d'avis mitigés, mais il aurait finalement vraiment dommage de ne pas le lire, ne serait-ce que pour le rire que procure certaines scènes absolument hilarantes !! J'avoue que Sur la plage... n'est en revanche pas mon titre préféré de cet auteur. J'ai personnellement une prédilection pour Samedi et Expiation.

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  3. J'adore cet auteur et ce roman est tout à fait fameux !

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