Bilan 2016, un peu en vrac...

Je vous épargnerai le nombre de pages lues, et même le nombre de livres lus d'ailleurs, n'ayant pas l'esprit comptable, et ne trouvant pas à cet exercice un quelconque intérêt.

J'éviterai de même toute tentative de classement -l'élaboration de mon TOP 100 a été une vraie torture-, on aime souvent tout un tas de livres ni plus ni moins les uns que les autres, on les aime simplement pour des raisons différentes, qu'il serait injuste de hiérarchiser...

Je préfère vous emmener en balade, pour une rétrospective spontanée, et donc complètement arbitraire...

Lorsque j'essaie de revenir sur 2016, et de me souvenir, sans consulter mon blog, des titres qui m'ont marqué, il y en un qui me vient tout de suite à l'esprit, c'est : "La fin de l'homme rouge". Rien que d'y repenser, j'en pleurerais presque, pour des raisons sans doute un peu obscures, liées à mes souvenirs d'enfance du militantisme d'extrême gauche paternel, à la fascination pour le peuple russe qu'ont laissé en moi les nuits blanches à dévorer Tolstoï, Dostoïevski, Soljénitsine, Pasternak, Tourgueniev...


... et rendons par ailleurs justice à Svetlana Alexievitch qui a su, de tous les témoignages, les rencontres dont elle a nourri son magnifique essai, extraire comme une portion d'essence, non seulement de l'âme de l'Homo-sovieticus, mais aussi de l'âme humaine, tout simplement.

Hormis ce titre, des coups de cœur, je réalise n'en avoir pas eu tant que ça, puisque les doigts d'une main suffisent à les compter...

J'ai aimé beaucoup de mes lectures, mais il me semble que les seules qui m'ont vraiment marquées sont "Solomon Gursky", son intrigue foutraque et cocasse, sa myriade de personnages... "Guerre et guerre", qui m'a procuré une émotion rare et intense... "L'année de la mort de Ricardo Reis", que j'ai juste trouvé beau... ainsi que, plus récemment, celle de mes retrouvailles avec Don Winslow et l'inoubliable Art Keller. En parlant de polar, bien que dans un tout autre registre, je me dois aussi de mentionner "Les apparences", dont l'implacable mécanique m'a presque valu une nuit blanche !

... un dernier titre, enfin, me vient à l'esprit de manière assez surprenante, parce sur le moment, sa lecture m'a parfois demandé quelques efforts, c'est "La leçon d'allemand", texte qui s'est subrepticement incrusté en moi, puisque à son évocation, je revois immédiatement son héros parcourir à vélo une digue battue par les vents, et que je souviens assez nettement de scènes a priori peu significatives. Malin, ce Siegfried Lenz... je me demande finalement si le vrai talent n'est pas dans cette capacité à vous imprégner à votre insu...

L'un des avantages de la blogosphère est aussi de permettre des découvertes insolites, de nous mettre entre les mains des titres dont nous n'aurions sans doute jamais entendu parler par ailleurs, et 2016 a été en cela un bon cru, le summum du déroutant et du ... ayant été atteint par "Enig Marcheur". Si vous êtes passés à côté du délirant "Univers de carton", encyclopédie fictive et hommage irrévérencieux à Philip K. Dick de Christopher Miller, c'est le moment de vous rattraper...
Et je m'en voudrai de ne pas citer parmi ces lectures inhabituelles le ténébreux "Charognards" de Stéphane Vanderhaeghe, version moderne et très réussie des Oiseaux d'Hitcok, ainsi que "Le jour des corneilles", texte qui ne mériterait presque d'être lu que pour la beauté de sa langue atypique...

2016 a aussi été l'année du déploiement de l'activité organisée par Sandrine autour d'auteurs du monde entier, et grâce à laquelle j'ai lu mon premier roman Sud-coréen ou pakistanais... 

Et enfin, je ne peux pas clore ce bilan livresque sans évoquer, avec une tendresse toute particulière, la fin de ce qui fut sans doute le plus grand bide de la blogosphère, j'ai nommé "relire Mauriac", activité dans laquelle ma chère Athalie et moi nous sommes embarquées avec une foi et un enthousiasme sans doute proportionnelles à notre naïveté puisque dire que l'auteur bordelais n'a guère suscité d'engouement est un euphémisme. 


Seule Miss Sunalee a eu le courage de nous accompagner dans un épisode de cette aventure, que je ne regretterai toutefois pour rien au monde. Relire "Génitrix" ou "Le sagouin", redécouvrir "Thérèse Desqueyroux", qui plus est en si intéressante compagnie, ont été de vrais moments de plaisir !

************************************

Une fois n'est pas coutume, j'ai également envie, à l'occasion de ce bilan, de vous parler cinéma, et des quelques films qui m'auront marqué cette année, en bien ou en mal ! 


J'aime beaucoup le grand écran, mais ne me considère pas comme une cinéphile : le manque de temps et l'organisation d'un quotidien déjà bien remplie, ma prédilection pour la lecture, mes efforts -pas toujours couronnés de succès- pour exercer une activité physique régulière et tenter désespérément de maintenir une forme décente, font que je n'y vais pas aussi souvent que je le voudrais. Il en résulte que je juge ma culture cinématographique trop pauvre pour justifier la rédaction d'un avis et sa parution sur mon blog suite aux quelques films que je parviens à voir. Raisonnement certes complètement stupide, dans la mesure où ma culture littéraire est également bien loin d'être encyclopédique, et compte tenu surtout de mes prétentions bloguesques, qui relèvent davantage d'une totale subjectivité d'amatrice que d'une quête de légitimité... 
Ces atermoiements stériles ne sont probablement que prétexte à masquer une bonne dose de flemme...

A l'instar de mon année littéraire, un film se détache nettement parmi ceux que j'ai vus (et dont le nombre doit culminer à une vingtaine...) : "Les ogres". 


L'histoire de cette troupe de théâtre ambulante, avec ses personnages qui vivent comme ils jouent sur scène, avec voracité, intensité, m'a éblouie. C'est un film extrêmement vivant et fort, dans lequel la détresse comme la joie ou la colère semblent parées de couleurs, de vibrations presque palpables...

"Fatima" m'a aussi procuré beaucoup d'émotion, peut-être en partie parce que les personnages des deux jeunes filles présentaient d'étranges similitudes avec mes enfants. "Tempête" m'a également marqué, pour une raison anecdotique, c'est que j'étais seule dans la salle de projection... bon d'accord, c'était un film à petit budget, avec en guise d'acteurs des vrais gens jouant en partie leurs propres rôles, mais bon, c'était tout de même un mercredi soir, et puis en plus, il n'était pas mal du tout, ce film !

Sans hésitation, "Rester vertical" obtient ma palme d'or du film le plus déstabilisant. Je suis toujours incapable de dire si j'ai aimé ou pas, mais je suis sortie de la séance très troublée, Alain Guiraudie a une façon de filmer des choses très intimes avec un naturel déroutant, et de faire basculer son intrigue vers des dénouements inattendus.

Une petite mention enfin pour :
... le film improbable au visionnage duquel j'ai réussi à traîner mon conjoint, qui m'en voudra toute sa vie : "Béliers", ses interminables et contemplatives prises de vue des plaines islandaises...


... celui que je l'ai convaincu de voir, ce dont je me voudrais toute ma vie : "21 nuits avec Pattie", sorte d'Alice au pays des merveilles revisité façon conte érotique, qui m'a fait rire de surprise les dix premières minutes et après... et bien je crois n'avoir jamais vu un film aussi rasoir et ridicule... 

Je vous souhaite une excellente fin d'année !

Commentaires

  1. Merci pour la balade, que j'apprécie beaucoup. Parmi ceux que tu cites, Solomon Gursky a été également une lecture marquante pour moi cette année, avec Le jour des corneilles. La fin de l'homme rouge est dans ma PAL depuis pas mal de temps, je vais le lire prochainement. Je vais essayer de lire très régulièrement des auteurs russes l'année prochaine, tes conseils seront donc les bienvenus. Je vais d'ailleurs me concocter une petite liste de romans russes à lire dans les jours qui viennent, que je publierai sur mon blog. A ce propos, si une lecture commune te tente (je publierai également ma PAL), n'hésite pas à me le faire savoir. Je te souhaite également une excellente fin d'année ! :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

      Supprimer
    2. Difficile de te donner des conseils sur la littérature russe, car je connais mal les auteurs récents de ce pays. Et quant aux "classiques", j'imagine que tu n'as pas besoin de moi pour te guider ! J'ai moi-même dans ma PAL trois ou quatre titres russes dont 2 qui sont d'énormes pavés auxquels je n'ai pas encore osé m'attaquer (Les vaincus d'Irina Golovkina, et La maison dans laquelle de Mariam Petrosyan). Ludmila Oulitskaia est aussi à découvrir, je n'ai lu d'elle que Sonietchka, mais j'avais beaucoup aimé...
      Et j'irai consulter ta PAL avec plaisir, je serais ravie de faire une LC avec toi.

      Supprimer
  2. J'ai adoré en lire plein de Mauriac quand j'étais ado (et un peu dingue je pense, vue l’âpreté du geste ^^), comme ma maman les avait presque tous. Je garde de bons souvenirs, surtout du Noeud de Vipères, même si le sujet en était assez amer... !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai fait comme toi, mais un peu plus tard, en les dévorant presque tous à la suite lorsque j'étais étudiante (une amie originaire des Landes me fournissait en "carburant"). C'est vrai, Mauriac, c'est généralement sombre et amer, mais quel régal tout de même !!

      Supprimer
  3. Un bilan très varié et qui permet de voyager... Ha, j'ai aimé Béliers aussi, et l'ai oublié dans mon bilan cinéma !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'était un film vraiment original, poétique à sa manière un peu rude...

      Supprimer
  4. Je ne vous aurais pas accompagnés pour relire Mauriac, car j'ai déjà lu tous ses romans et une partie de ses essais... et ils sont encore assez vifs dans mon esprit.
    J'aimerais lire le texte de son fils au sujet de son père, désormais.
    Très beau bilan de lecture.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A l'issue de l'activité, j'ai lu l'essai sur sa mère, Claire Mauriac, qui se lit facilement, mais qui n'est pas spécialement marquant... je pensais y trouver l'origine des figures féminines souvent effrayantes que l'on trouve dans les romans de son fils, mais pas du tout ... !!

      Supprimer
  5. Un très beau bilan que tu dresses ici. J'ai très envie de lire plus régulièrement de la littérature étrangère. Je vais m'organiser mon Tour du monde en 12 romans je crois, histoire de me mettre (faussement) la pression. Cela va parler à la grande voyageuse que je suis !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Une bonne idée, que ce Tour du monde littéraire. C'est en tous cas un projet qui laisse présager des billets intéressants à venir.

      Supprimer
  6. J'aime beaucoup ce bilan qui fait voyager ! Je t'ai accompagnée avec plaisir dans la relecture de Mauriac, même si ce fut assez limité, mais aussi dans nos différentes lectures communes. Je n'ai pas encore fait mon bilan de l'année (ni le compte de ces lectures communes) mais il sera fort différent du tien vu que je n'ai lu aucun de tes préférés à part "La fin de l'homme rouge" et "Les apparences" qui m'a moins marqué que toi.

    Rendez-vous en 2017 pour de nouvelles aventures, et très bientôt pour "The girls" que j'ai déjà commencé et qui pour le moment me plaît beaucoup.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que je n'ai pas évoqué les lectures communes que j'ai eu l'occasion de faire cette année, dans mon bilan... mais je ne crois pas en avoir eu tant que ça. Je finis ma lecture en cours et j'attaque moi aussi le Cline, je suis presque sûre qu'il me plaira aussi !!

      Supprimer
  7. Désolé d'apprendre avec retard que vous aviez organisé une LC sur Mauriac car j'ai moi-même tenté de relancer cet écrivain sur mon blog, avec plusieurs billets cette année....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est en effet dommage, je m'en vais de ce pas lire ça sur votre blog...

      Supprimer
  8. Je n'ai lu aucun des livres que tu mentionnes. J'avais repéré Charognards, sans doute sur ton blog d'ailleurs, mais sans sauter le pas. J'aime bien ton bilan : il m'ouvre d'autres horizons littéraires :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Charognards vaut le coup, pour son originalité et son ambiance glauque et mystérieuse... mais c'est vrai qu'il est passé presque inaperçu lors de sa sortie.

      Supprimer
  9. Oui, je crois qu'on a gagné le prix du grand flop de la blogo ! mais comme toi, je ne regrette absolument pas cette aventure ! Je ne ferai pas de bilan, cette année, mon blog ayant connu quelques aléas de parution, et je renote Charognards et Le jour des corneilles dans le tien. En te souhaitant, une excellente année et en espérant que d'autres LC nous attendent ....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonne année à toi aussi, et pour les LC, on va bien s'en trouver quelques-unes à organiser... (j'ai encore un Banks dans ma PAL que tu n'as pas lu, je crois : Continents à la dérive...) !

      Supprimer
  10. Bonjour Inganmic, à propos de Winslow et d'Art Keller, je suis en train de lire La griffe du chien: vraiment bien. J'ai compris que Cartel était presque supérieur. Sinon, je compte bien lire "La fin de l'homme rouge". Excellente année 2017.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Dasola,

      Bonne année à toi aussi. Je ne dirais pas que Cartel est supérieur à La griffe du chien, ils sont excellents tous les deux. Athalie, avec qui j'ai lu ces deux titres en commun, exprime même une petite préférence pour le 1e, dont elle a trouvé les personnages plus développés. Bonne lecture à toi.

      Supprimer
  11. Evidemment, je n'ai lu aucun livre (sauf Mauriac !) dont tu parles, mais j'avais noté Svetlana Alexievitch. J'avais dû zapper son nom (je lui faisais la gueule parce qu'elle avait remporté le Nobel alors que j'attendais Murakami), mais elle traite de sujets qui m'intéressent beaucoup. Ce sera pour 2017.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'adore moi aussi Murakami, mais le Nobel d'Alexievitch est mérité. Et puis ses écrits ont une dimension humaine, sociologique et historique qui ont sans doute pesé dans la balance...

      Supprimer
  12. Rien lu de ta sélection (à part "Les apparences", très prenant) ! 0_o
    Mais je note "L'année de la mort de Ricardo Reis" : j'ai découvert José Saramago cette année avec beaucoup de plaisir avec "La lucarne" et "L’aveuglement", deux grands romans !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avais aimé moi aussi L'aveuglement, en revanche, Les intermittences de la mort m'ont déçue. Quant à celui-là... un ravissement pour moi. Il ne s'y passe au final pas grand-chose, mais.. c'est beau !!

      Supprimer

Enregistrer un commentaire