"J’ai été Johnny Thunders" - Carlos Zanón
"Les nuits dans cette partie du monde sont comme des torrents gorgés d’eau croupie."
Désormais quinquagénaire, l’allure miteuse et la silhouette
épaissie, Francis, parce qu’il n’a pas d’autre endroit où aller, retourne à
Barcelone vivre chez son père, veuf, qui vivote d’une maigre pension. Il est clean (mais a conservé le numéro de son dealer dans ses contacts) et bourré de
bonnes intentions, notamment celle de devenir un père pour les deux fils que
son ex-femme, à qui il doit des années de pension, lui interdit d’approcher.
C’est donc dans le but de se refaire qu’il renoue avec
Marisol, fille d’une prostituée que ses parents avaient recueillie, et qui
vouait à son grand frère d’adoption une adoration sans bornes, avant que leur
différence d’âge les éloigne. Il ignore que pendant que sa mère, femme sèche et
dénuée de libido, oubliait les vicissitudes de sa vie en allant jouer au bingo,
son époux se soulageait avec Marisol. Cette dernière, à presque trente ans, a depuis
connu beaucoup d’hommes, sans doute trop, comme elle le reconnaît elle-même.
Elle est pour l’heure en couple avec don Damián, malfrat au look clinquant, sexagénaire
jaloux et brutal incapable de satisfaire sa jeune compagne sans recours au viagra.
Le récit alterne, dans une chronologie fantaisiste, entre
épisodes d’un passé dont on réalise rapidement que la flamboyance est surtout
fantasmée, et un présent qui voit Francis sillonner la ville en quête
d’occupations lucratives ou d’une connaissance charitable, ville qui, hantée de
fantômes, de souvenirs ou susceptible de remettre le héros au contact de
mauvaises fréquentations, se révèle piégeuse. Coincé entre nostalgie amère et
quête d’une rédemption elle aussi illusoire, il peine, par sa veulerie et son
égoïsme, à susciter la pitié du lecteur.
Ses errances nous immergent dans les quartiers populaires de
Barcelone, univers de laissés pour compte peuplé de bars à putes et de bars
miteux, où les femmes subissent la violence dévastatrice d’hommes frustrés et
pitoyables.

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