"Taxi de nuit" - Jack Clark

"Tout le monde veut un chauffeur qui parle anglais, jusqu’à ce qu’il ouvre sa gueule."

Eddie Miles est chauffeur de taxi. Il sillonne, de nuit, la ville de Chicago. Une ville où il a toujours vécu, et qu’il connaît comme sa poche.

Ses clients sont des hommes d’affaires ou des fêtards, des drogués où des personnes âgées qui peinent à se déplacer, des couples en goguette ou en pleine dispute… Eddie a de l’expérience, sait flairer les mauvais plans et les agresseurs potentiels, ne s’encombre pas de politesse quand le pourboire est ridicule, peut même se montrer méchamment sarcastique.

C’est un homme désabusé, qui refoule le désespoir que provoque le vide de sa vie personnelle en pratiquant une ironie permanente. Il vit depuis sept ans dans un minuscule appartement qui n’était au départ qu’un logement temporaire, n’a plus aucun contact avec une fille maintenant adolescente qui a probablement oublié son existence, et satisfait plus ou moins son besoin de tendresse par d’occasionnelles séances de sexe avec sa voisine Betty, qui fume comme un pompier et se farde un peu trop. Il a, à une époque, abusé de l’alcool, mais sait dorénavant se contenter de tenir un verre de whisky entre ses mains lorsque la tension ou la mélancolie est trop forte.

C’est le cas au moment où débute le récit. Un tueur de chauffeurs de taxi rode, la nuit, dans Chicago, et a déjà fait trois victimes. Et lors d’une de ses tournées, Eddie secourt une adolescente prostrée dans une impasse, dont on a mutilé le corps.

Ces drames témoignent de la violence croissante qui gangrène une ville dont la désindustrialisation a engendré chômage, pauvreté et délinquance. Et si certains de ses quartiers sont en cours de gentrification, les zones de non-droit grignotent peu à peu de nouveaux territoires, réduisant proportionnellement le périmètre de travail de chauffeurs de taxis, qui refusent de s’y aventurer. Eddie, qui ne reconnaît plus la ville de son enfance, le dit lui-même : "l’essentiel (de Chicago) est pourri".

Le lecteur s’imprègne ainsi d’une atmosphère de déréliction et de péril en embarquant dans le taxi d’un narrateur qui ose, lui, pénétrer les territoires interdits, et entreprend, armé d’une simple gazeuse, de chercher le mystérieux tueur… Le texte, sombre donc, n’en est pas moins percutant et éclairé de touches d’une humanité qu’il n’a pour autant pas perdue.


Une double participation à Sous les pavés, les pages, et au Petit Bac 2026 d'Enna, catégorie "Déplacement".

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