"Shanghai, cinq heures quarante" - Ada Walter
"(….) Je suis un type qui gagne de l'argent pour ne l'offrir à personne, ce n'est pas ça qui me fait honte, (…) nos rituels sont ridicules, je n'arrive pas à m'enlever de la tête que nous régressons, que nous rapetissons, je ne le déplore pas particulièrement, peut être que, devant tant de médiocrité, je ne dois pas hésiter à occuper de l'espace encore quelques années, consommer de la matière que je digère et expulse."
La traversée de Shanghai, où il n’est pas venu depuis dix
ans, lui remet en tête une histoire d’amour qui le hante encore ; il a l’espoir
insensé de reconnaître, parmi le grouillement urbain, celle qui y a mis un
terme. Arrive un moment où il ne peut s’empêcher de descendre du taxi pour
parcourir une partie de la ville à pied. Le trajet devient alors d’autant plus pèlerinage.
Immergé dans l’univers vibrant et insupportablement bruyant d’une Shanghai en perpétuelle
destruction et reconstruction, plombé par son air humide et brûlant, il
parcourt les endroits où se nichent les souvenirs de cet amour, convoque ses fantômes.
Nous suivons son flux de pensée. Mêlant images du passé, considérations
existentielles et descriptions des lieux, il se synchronise avec sa déambulation
extérieure. La ville à la fois devient celle de ses réminiscences et lui inspire
une réflexion sur un présent marqué par l’inanité. Expatrié français, le
narrateur se décrit lui-même comme un homme d’affaires à l’allure soignée, qui cumule
les déplacements et collectionne les notes de frais. C’est aussi un homme
cruellement conscient du vide qui l’habite, que rien ne stimule ni ne réjouit.
Il considère le travail comme insignifiant, ne court ni après la performance ni
après l’argent, son quotidien est une succession d’habitudes auquel il s’adonne
mécaniquement, sans rage ni plaisir. Il est comme inexistant au monde, ne
compte pour personne. L’asepsie de sa vie répond à celle du quartier de
Singapour où il habite et côtoie une communauté des expats qui
s’exclut elle-même de la vie locale : une zone d’immeubles prêts à habiter, silencieux
et commodes, où l’on se sent comme à l’hôtel, et où on ne va pas s’éterniser.
Alors se plonger dans Shanghai, avec son pullulement et ses odeurs fortes, son
vacarme et son évolution permanente, avec le souvenir de cette femme qui est la
seule chose vivante et dense en lui, c’est y traquer un indice de sa propre
matérialité…


Je ne sais plus à quelle occasion mais je suis tombée sur ce livre. Malheureusement ce n'était pas à la bibli. Je pense qu'il pourrait me plaire pour le contexte géographique mais pas seulement.
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