"J'ai épousé un communiste" - Philip Roth

Les Aristochats sont éternels.

Années post-seconde guerre mondiale, États-Unis. En ces temps de guerre froide il ne fait pas bon être sympathisant communiste. C’est ce que va apprendre à ses dépens Ira Ringold, homme d’extraction modeste et peu instruit, bâti comme un colosse, qui va être initié par un camarade d’armée à l’idéologie marxiste. Devenu célèbre en tant qu’acteur pour la radio, sa carrière finira par pâtir de ses convictions. Lui-même peinera à trouver un juste équilibre entre son engagement politique et une vie privée marquée par son union avec Eve Frame, ex-star du muet. Les relations avec son épouse sont en effet tendues en raison de l’omniprésence de Sylphid, la fille de 23 ans d’Eve, qui entretient avec sa mère des rapports particulièrement malsains.
Aujourd’hui âgé de 90 ans, son frère, Murray Ringold, professeur d’anglais à la retraite, évoque longuement son destin à l’attention de son ancien élève Nathan Zuckermann. Ce dernier, ayant fait la connaissance d’Ira alors qu’il était étudiant, nourrissait pour lui une profonde admiration.

J’avoue avoir eu du mal à commenter une telle œuvre…
Oh, pas de doute, je l’ai adorée. De là à expliquer pourquoi… D’un côté, ce livre m’a plu pour de multiples raisons, et en même temps, j’ai simplement envie de dire qu’il est génial –au sens strict du terme-, que cela se passe d’explications, et… lisez-le ! Mais comme ce serait trop facile, je vais malgré tout développer un peu.

"J’ai épousé un communiste" parvient à être à la fois le remarquable portrait d’un homme, un témoignage sur une partie de l’histoire américaine souvent occultée, et une démonstration de la difficulté de l’individu à composer avec ses faiblesses et à vivre en bonne intelligence avec autrui (surtout quand il est différent). Philip Roth utilise un procédé qui permet une approche du personnage central éclairée par différents points de vue : Nathan, le narrateur, rapporte ce que lui relate Murray à propos d’Ira, et l’enrichit de sa propre expérience, ce qui ajoute à la crédibilité dudit personnage.

Le caractère intransigeant du héros met en évidence les injustices que subit la classe ouvrière, soumise à des conditions de travail déplorables, ainsi que les communautés juives et noires, en butte au racisme et à l’antisémitisme ambiants. En parallèle, un regard critique est porté sur l’aveuglement des partisans communistes, qui refusent d’admettre le totalitarisme du régime soviétique. Vous l’aurez compris, l’auteur ne verse ni dans le manichéisme, ni dans la propagande, mais apporte une vision plutôt objective des ces États-Unis d’après-guerre. De plus, il nous amène à réfléchir sur un constat qui dépasse le contexte historique du récit : au-delà des idées, aussi nobles soient-elles, il semblerait que la nature de l’homme le pousse davantage à écouter ses désirs personnels qu’à se dévouer à l’intérêt collectif.

A lire aussi, la chronique de Thom

Commentaires

  1. Difficile de se lasser de Philip Roth ! Dans les auteurs contemporains on ne trouve quand même pas beaucoup d'œuvres aussi riches et variées, de personnages aussi "charismatiques" que Zuckerman, etc.

    Par contre je m'étonne (mais je n'ai pas tout suivi) qu'il y ait si peu de posts sur Philip Roth chez les chats alors que cet auteur a été l'un des plus lus (et aimés) sur l'ancien forum...

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  2. C'est parce qu'on avait différentes contraintes :

    - la place (impossible de tout mettre, à moins de constituer des archives énormes)

    - les critiques de Thom et yueyin (déjà reproduites à plusieurs endroits, et connues sur le Net)

    - les gens (à l'époque où Roth était Aristo, le personnel des Chats était très différent d'aujourd'hui, et la plupart des exs Chats n'ont pas donné suite à nos relances, lorsqu'ils n'ont pas complètement disparus).

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  3. Sinon, Ingannmic, c'est une très jolie critique que tu nous as fait là !!

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  4. Merci, Laîezza.
    Lily : je n'avais lu que La tâche de cet auteur, et encore, il y a un certain temps...mais je ne compte pas m'arrêter là. Cela promet d'autres critiques en perspective..

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  5. " il semblerait que la nature de l’homme le pousse davantage à écouter ses désirs personnels qu’à se dévouer à l’intérêt collectif"

    Et bien non, toute l'histoire de l'anthropologie (à commencer par Levi-Strauss) et de la sociologie nous prouve le contraire : les sociétés humaines fonctionnent mieux dans la coopération que dans la concurrence et toutes les sociétés humaines ont choisi ce mode de fonctionnement, que tendent à détruire l'idéologie et l'apologie de la concurrence et de l'individualisme des sociétés modernes capitalistes.
    La nature humaine n'existe pas, il n'y a que des constructions et des conditionnements sociaux. Sinon, bravo pour votre blog et vos critiques.

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  6. Bonjour Toshiro, et bienvenue ici.

    Cette réflexion écrite à la fin de la critique se veut le reflet de ce que semble vouloir démontrer Roth dans ce roman, par l'intermédiaire de ses personnages.
    A-t-il tort ou raison ?... Je ne sais pas. Je crois effectivement que tout est principalement une question de contexte.

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