"Le jour du Roi" - Abdellah Taïa

Amour, gloire et dureté.

Au Maroc, le roi, ce n’est pas rien !
En l'occurrence, c'est Hassan II qui en cette année 1987 incarne la prestigieuse autorité royale.
Or, la nuit dernière, Omar l'a vu en rêve. Il s'agit là d'un tel événement que l'adolescent s'empresse d'aller partager cette expérience nocturne avec Khalid, son meilleur ami. Son camarade se montre effectivement captivé par les détails du songe d'Omar, d'autant plus que le roi en personne va honorer de sa présence leur petite ville de Salé, et ce, dès le lendemain.
Aussi, lorsqu'en classe, plus tard dans la journée, leur professeur annonce à ses élèves que Khalid, en sa qualité d'excellent élève, a été choisi pour aller baiser la main du souverain lors de sa visite, pour Omar, c'est la consternation, car son ami lui a caché cette extraordinaire nouvelle dont il avait forcément eu connaissance auparavant.

La brièveté du "Jour du Roi" n'empêche pas ce roman d'aborder, par l'intermédiaire de l'affrontement qui va suivre entre les deux jeunes garçons, une multitude de thématiques, sans toutefois le faire de façon superficielle. Je crois que cela tient au fait qu'Abdellah Taïa donne l'impression de mettre ses personnages à nu. Omar, notamment, porte un regard particulièrement aigu non seulement sur le monde qui l’entoure, en s’efforçant de comprendre les motivations intimes des comportements d'autrui, mais aussi sur ses propres émotions, dont il tente d’analyser le sens profond.

L’expression de son ressenti, issu à la fois de sa culture et de son expérience personnelle, lui fait porter sur la société marocaine un regard tour à tour détaché et critique, qui permet de mettre en évidence toutes ses contradictions…
… mais pas seulement. Car si l’auteur évoque en filigrane de son récit des thèmes sociétaux tels que l’émancipation de la femme, ou celui du poids des interdits comme catalyseur du désir de transgression, il dépeint surtout avec beaucoup de talent les relations qui lient ses deux personnages principaux, qui entretiennent des rapports ambigus et troubles, oscillant entre amour et violence, entre jalousie et attirance sexuelle.

« Le jour du Roi » est un récit envoûtant et dur à la fois, où rêves et visions se mêlent aux faits réels pour les teinter de surnaturel et de symbolisme.


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Commentaires

  1. Toujours les tabous comme si un artiste marocain ne peut être reconnu que s'il en parle avec le plus grand dergré d'audacité... Et ben, je suis artiste marocain moi-même et je ne fais pas ça.

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  2. Bonjour cactusdusud,

    Merci tout d'abord pour votre visite. Pour répondre à votre commentaire, il ne me semble pas avoir écrit que le thème principal de ce roman était celui des tabous de la société marocaine. Si l'auteur les évoque, c'est parce qu'ils font naturellement partie du contexte de son récit, mais il ne se montre pas non plus particulièrement insistant à ce sujet.
    Ensuite, bien qu'il s'agisse du premier roman que je lis de cet auteur, il ne me semble pas qu'Abdellah Taïa ait besoin de parler des tabous marocains pour être reconnu ou prouver qu'il a du talent. Son style suffit largement...
    Pour terminer, je crois que chaque artiste peut bien exprimer ce qu'il veut dans son oeuvre, et s'inspirer de son imagination, de son expérience personnelle, ou encore des réflexions que lui inspire le monde qui l'entoure. Ce qui compte, ce n'est pas tant ce qui est raconté, que la façon dont ça l'est.
    C'est en tout cas mon opinion.

    Bonne journée.

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  3. Et c'est une opinion que je respecte volontiers. Seulement mon constat existe aussi.
    Bonne soirée.

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  4. Je suis d'accord avec cactusdusud. Il y a un autre auteur marocain qui a écrit un roman sur le même thème. Ca s'appelle "Le ciel, hassan 2 et maman France". J'ai vu ça hier sur facebook. Ces auteurs croient qu'en abordant les interdits, on va parler d'eux. Je vais tout de même acquérir le livre d'Abdellah Taia et celui de Mohamed Hmoudane, l'auteur de "Le ciel, hassan 2 et maman France" pour me faire une idée.

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  5. Voilà un auteur dont j'apprécie la sensibilité depuis ses premiers écrits. Je vais bien entendu me précipiter pour découvrir celui-ci, d'autant que tu l'as aimé alors que tu n'avais rien lu de lui auparavant.
    Les commentaires laissés suite à ton billet témoignent de l'agacement qu'un écrivain comme Taïa provoque parmi ses concitoyens en osant aborder des thèmes sinon tabous au moins dérangeants et politiquement incorrects (qui sont pourtant une des réalités du Maroc d'aujourd'hui).
    Je te rejoins à 100 % quand tu dis que "il ne me semble pas qu'Abdellah Taïa ait besoin de parler des tabous marocains pour être reconnu ou prouver qu'il a du talent. Son style suffit largement..."

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  6. @ In Cold Blog:
    Vive la médiocrité! L'absence de style devient style! Les mièvreries enchaînées tiennent lieu de roman. Tant qu'il y a des lecteurs de votre trempe, la niaiserie triomphera!

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  7. Recevez, cher "courageux" Anonyme, l'expression de ma plus profonde indifférence.

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  8. >>> In Cold Blog : c'est un collègue qui m'a suggéré cet auteur, que je suis ravie d'avoir découvert, d'autant qu'il est assez rare de le voir mentionner sur les blogs de lecture. J'avais d'ailleurs lu sur le tien l'interview qu'il t'a accordée et qui confirme ce que j'ai ressenti au cours de ma lecture, à savoir qu'il s'agit d'une personne sensible et intelligente.

    >>> Cher Anonyme : vous ne précisez pas avoir déjà lu ou non Abdellah Taïa. Si ce n'est pas le cas, je vous invite à le faire avant de juger du manque de style ou de la mièvrerie de cet auteur.
    J'ai du mal en ce qui me concerne à déceler la moindre trace de niaiserie dans le roman de Taïa, qui me semble à l'inverse dépeindre avec finesse mais sans concession les rapports entre ses personnages.

    Enfin, je le répète une fois de plus : il me paraît réducteur de croire qu'un auteur comme Taîa utilise les interdits pour "faire parler de lui", comme vous dîtes. D'une part, il n'a pas besoin de ça. D'autre part, le but d'un écrivain (talentueux, s'entend) n'est pas en général de faire la une des émissions TV... Il est inévitable de soulever dans une oeuvre, en raison de son contexte, de l'origine de ses personnages, des problématiques sociétales ou culturelles. Après, il est vrai que si, en tant que lecteur, on ne ne fait pas preuve d'un minimum d'ouverture d'esprit, je comprends que l'on puisse difficilement supporter de lire des auteurs dont le constat semble aller à l'encontre de nos propres certitudes.

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  9. @ In Cold Blog:
    Bien reçu! Mais vous feriez mieux de lire autre chose que des écrits qui réduisent le Maroc à des histoires d'homosexualité. Le Maroc, et excusez mon sentiment nationaliste, est plus grand que cela. Connaissez-vous "Zizouna" de Jaouad El Benaissi? Bien sûr que non! Ca ne m'étonne pas de lecteurs comme vous! Et même si je suis sûr que vous allez vous défiler, je vous le recommande avec courage:
    http://livre.fnac.com/a2829312/Jaouad-El-Benaissi-Zizouna

    @Inganmic:

    Je vous mets au défi également d'aller jeter un coup d'oeil sur "Zizouna" et d'en rendre compte dans votre blog. C'est un livre qui n'est pas publié par Gallimard-Seuil-Grasset-Flammarion-Albin Michel mais par LES POINTS SUR LES I, c'est dire qu'il passe inaperçu et pourtant l'histoire est émouvante avec en arrière plan les difficultés d'être des pauvres et la dénociation de la corruption politique: voilà un sujet qui fâche plus que les histoires de moeurs chez les musulmans

    Azzeddine Maâroufi
    Mohammedia, Maroc
    azzemaaroufi@gmail.com

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