"Le café de l'Excelsior" - Philippe Claudel

"J'aimais Grand-père comme on aime à huit ans : avec ferveur et vénération. Et même si le curé que je servais chaque dimanche sous mon aube gaufrée ne lui avait pas encore trouvé d'autel ni de niche en son église, j'étais certain que mon Grand-père parvenait quand il le voulait à tutoyer les anges et à discuter de la pêche au brochet, des chanterelles en tube et de l'odeur un peu surette des pommes blettes, avec saint Pierre ou la Vierge Marie."

Vous avez une heure à tuer et vous tournez en rond, désœuvré, sans savoir qu'en faire ?
Vous êtes dans la salle d'attente d'un cabinet médical ou d'une quelconque administration, et votre tour est loin d'être arrivé ?...
... Lisez "Le café de l'Excelsior" !

Court récit qui se dévore en un clin d’œil, il n'en contient pas moins tout ce qui fait le charme des romans de Philippe Claudel : son écriture à la fois simple et élégante, son regard qui sait se faire tour à tour attendri ou lucide lorsqu'il s'agit de nous émouvoir par l'intermédiaire de ses personnages, ou de nous consterner par sa description des travers de l'homme.

Le café de l'Excelsior était le bistrot tenu par le grand-père du narrateur, l'un de ces bistrots comme il n'en existe probablement plus (ou presque), où se réunissaient chaque jour les mêmes habitués, certains pour échapper à leur mégère d'épouse, d'autres pour taper la belote avec les copains, et qui en fonction des saisons venaient partager le produit de leurs braconnages et/ou cueillettes divers(es).
L'important étant bien sûr de s'adonner aux plaisirs de la camaraderie et de la convivialité, de la vie, tout simplement, avec ses cris et ses démonstrations tapageuses, ses rires et ses chansons.
Un petit monde uniquement masculin, populaire, dans lequel le narrateur évoluera, enfant, durant trois années à la suite du décès de ses parents et jusqu'à ce que les autorités compétentes décident, afin de le sauver de ce "lieu de perdition liquide", de le placer dans une "morne et catholique famille d'accueil".
Un récit vraiment touchant, dans lequel Philippe Claudel, sous les couleurs de la nostalgie de l'enfance, rend hommage à ceux qui, loin des carcans des bonnes manières hypocrites, de l'aliénante morale puritaine, se laissent aller à goûter les petits bonheurs de l'existence sans arrière-pensée. C'est aussi un très bel hommage à l'amour d'un petit-fils pour son grand-père (et vice versa !), empreint à la fois de sobriété et d'une profonde émotion.

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Commentaires

  1. Moi aussi j'ai beaucoup aimé cette histoire même si je trouve que "la petite fille de Monsieur Linh" était encore mieux

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  2. Merci Laeti pour la visite.
    Je n'ai pas lu "La petite fille de Monsieur Linh", mais j'ai beaucoup aimé "Les âmes grises" et "Le rapport de Brodeck" du même auteur.

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