"La cote 400" - Sophie Divry

Bibliothécaire au bord de la crise de nerfs.

Lorsque j'ai lu en préambule au roman "La cote 400", la brève présentation sur son auteure, indiquant entre autres que Sophie Divry aime les aubergines, mais pas les automobiles, et ne possède pas de téléphone portable, je me suis dit que nous avions pas mal de points communs, et que c'était de bon augure...
Lorsque j'ai vu qu'elle dédicaçait son livre à "celles et ceux qui trouveront toujours plus aisément une place en bibliothèque qu'en société", je me suis réjouie, car j'en ai déduit que ce roman était vraiment pour moi...
Et c'est vrai, j'ai passé un excellent moment à la lecture de ce texte aussi bref qu'il est amusant. En revanche, j'imaginais "La cote 400" comme un hymne à la lecture, un hommage aux livres et à leurs temples que sont les bibliothèques, mais ce n'est finalement pas tout à fait ce que j'y ai trouvé.

Le récit est constitué du long monologue d'une bibliothécaire, qui un jour, au moment de sa prise de poste au rayon géographie dont elle est la responsable, tombe sur un visiteur enfermé dans les lieux, où il s'était endormi.
Après l'avoir réveillé, elle entame une conversation unilatérale, s'attardant dans un premier temps sur l'histoire des méthodes de classement appliquées dans les bibliothèques, pour dériver ensuite sur une multitude de sujets de société, souvent en relation avec la culture, tout en dévoilant peu à peu la détresse, la fragilité et la solitude que dissimulent les idées bien arrêtées et le comportement quelque peu autoritaire dont elle fait preuve face à son interlocuteur muet.
Car tout comme les rayonnages au classement rigoureux et mathématique de la bibliothèque peuvent renfermer des trésors littéraires, de la fantaisie créative, derrière la bibliothécaire discrète et ordonnée, il y a une femme, avec ses émotions et ses envies...
Seulement, cantonnée au sous-sol de son rayon géographie, "la classe poubelle", notre héroïne donne le sentiment de s'être laissée sclérosée par l'immuabilité des lieux et leur calme permanent, et d'être restée hors de la vie.
D'où l'amertume et les regrets qui transparaissent de plus en plus au fil de son monologue.

Le ton est cynique, voire aigre, mais presque toujours drôle, la bibliothécaire fustigeant tantôt avec une ironie bien placée, tantôt avec une mauvaise foi hilarante, les travers de ses collègues, du public, des jeunes, des politiques...
Elle ne peut toutefois s'empêcher de montrer aussi une certaine tendresse envers ce lieu d'accueil et d'enrichissement culturel démocratique que reste envers et contre tout la bibliothèque...

Un petit livre fort réjouissant, et qui se dévore sans efforts !

Commentaires

  1. Je n'ai pas de téléphone portable non plus... et je n'aime pas les aubergines non plus... mais je ne vais pas lire ce livre, toute bibliothécaire que je suis, ça va me filer le bourdon... quand on aime les livres, la lecture et le rangement (ben oui...), on a tout pour être heureuse quand on fait ce boulot tellement fantasmé de bibliothécaire. Ben pas moi, ou en tout cas plus tant que ça, et surtout pas au fin fond de la campagne où je me trouve...
    A voir l'intéressant billet de Reka sur ce livre.

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  2. A vrai dire, le fait que l'héroïne soit bibliothécaire n'est finalement pas si important que ça, à mon avis. J'ai davantage eu l'impression que le but de l'auteure était de nous montrer que lorsque l'on gratte un peu le vernis des apparences, on peut tomber sur des choses surprenantes, et c'est là que le parallèle devient amusant : sous le visage policé et courtois de cette bibliothécaire discrète, voire insignifiante, se cache une femme que la solitude rend complètement folle...

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