"Les sorcières de Salem" suivi de "Vu du pont" - Arthur Miller


"Les sorcières de Salem" s'inspire d'un authentique fait divers qui remonte à la fin du XVIIème siècle.
Sur la foi des accusations de quelques jeunes filles du village de Salem (aujourd'hui nommé Danvers), plus d'une vingtaine de personnes furent pendues pour avoir soi disant pratiqué la sorcellerie et s'être alliées à Satan...

Arthur Miller a choisi d'écrire son récit sous la forme d'une pièce de théâtre, privilégiant ainsi les dialogues, ce qui lui permet de mettre en avant le pouvoir parfois dangereux des mots, lorsqu'ils sont habilement utilisés à des fins malveillantes.

Car ici, nulle preuve ne vient étayer les dires d'Abigail Williams, la plus virulente et la plus rusée des accusatrices à l'origine de cette triste affaire.
Donnant une interprétation des faits qui sert ses intérêts (car son but est au départ de mettre en cause l'épouse de l'amant qui a fini par l'éconduire), elle déploie des trésors de persuasion et de mauvaise foi, ralliant bien vite à sa cause quelques crédules superstitieux, mais aussi et surtout certains individus qui voient dans ces événements l'occasion inespérée d'éliminer un ennemi, ou tout simplement un voisin qu'ils jalousent...

Il est effarant de voir à quel point la situation dégénère : le témoignage mal assuré de quelques jeunes filles impressionnables et la perfidie de quelques autres alliés à la complaisance des juges suffisent à condamner, à l'issue d'un simulacre de procès, des personnalités du village qui, peu de temps auparavant, étaient considérées comme respectables et dignes de confiance...
L'histoire des sorcières de Salem est désespérante. Elle met en lumière la cupidité, la volonté de malfaisance, la bêtise dont les hommes peuvent faire preuve, lorsqu'il sont oublieux de leur capacité de raisonnement et de mesure.

Et si cet atterrant fait divers est vieux de plus de trois siècles, le constat de la capacité de l'être humain à l'intolérance et à l'étroitesse d'esprit sera malheureusement toujours d'actualité. La parution de la pièce d'Arthur Miller (en 1952) est contemporaine des débuts du McCarthysme aux Etats-Unis qui, faut-il le rappeler, fut qualifié de "chasse aux sorcières". Le choix de l'auteur n'est pas innocent et il ne s'agit pas d'une coïncidence...
En effet, il fut l'une des premières personnalités à mettre en garde contre les inévitables dérives qui devaient découler de cette traque aux communistes motivée par la paranoïa et la haine de l'autre.


"Vu du pont" nous ramène au XXème siècle, dans les bas-quartiers de Brooklyn, au sein d'une population de travailleurs miséreux dont la plupart sont d'origine sicilienne.

Nous sommes avertis d'emblée qu'un drame va se jouer, ainsi que nous l'annonce l'avocat Alfieri, personnage qui en fut le témoin. Il s'adresse au lecteur/public tel le chœur d'une pièce antique, en aparté, ponctuant parfois de ses commentaires l'action jouée, et l'éclairant du recul que lui permet de prendre le fait que cette action soit passée.

Eddie Carbone, américain d'origine italienne qui travaille sur les docks, vit avec sa femme Béatrice et Catherine, la nièce de cette dernière, que le couple a recueilli à la mort de sa mère. Catherine a dix-sept ans, mais son oncle a bien du mal à la laisser s'émanciper ; il se montre envers elle protecteur à l'extrême...
L'élément qui va faire ici dégénérer la situation est l'arrivée chez les Carbone de Marco et Rodolpho, des cousins de Béatrice qui débarquent clandestinement de Sicile, et que le couple hébergent en attendant qu'ils aient économisé assez d'argent pour avoir leur propre logement.

Sans mot superflu, à l'aide de dialogues percutants, Arthur Miller nous plonge très vite au cœur des problématiques qui régissent les rapports entre tous ses personnages. Les non-dits, les sentiments que l'on n'ose même pas s'avouer à soi-même, la jalousie, vont faire que la tension monte, et de paroles regrettables en malentendus, nous assistons au processus qui mène inéluctablement à la tragédie finale...

"Vu du pont" est un texte haut en couleur, dans lequel s'expriment des émotions fortes, voire violentes, de façon parfois presque grandiloquente, accentuant le ton dramatique de l'intrigue, et imprimant au récit un rythme soutenu.

Commentaires

  1. Moi, Tituba sorcière de Maryse Condé reprend le thème des sorcières de Salem.

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  2. Bonjour,

    Merci pour cette précision : je me suis en effet posée la question pendant ma lecture, connaissant ce titre de Maryse Condé de nom.
    Je viens d'ailleurs d'acquérir, à l'occasion du déstockage annuel de la médiathèque de ma commune, "Les migrations du cœur", de cette même auteure, qui serait, je cite : "une variation caribéenne sur le thème des Hauts de Hurlevent".

    A bientôt !

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  3. Je l'ai beaucoup aimé celui-là aussi. Il faut dire qu'en général, j'aime tout ce que Maryse Condé écrit.

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  4. Je n'ai pour le moment lu que "La femme cannibale", en ce qui me concerne, mais j'en garde un très bon souvenir.

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