"Lumière d'août" - William Faulkner

Quelques rares lueurs dans un monde de brutes...

C'est plutôt surprise que j'ai entamé la lecture de "Lumière d'août". Surprise par la linéarité et la limpidité du début de ce roman écrit par un auteur réputé pour sa complexité, réputation dont j'ai eu l'occasion de vérifier le bien-fondé en découvrant "Sanctuaire" puis "Tandis que j'agonise".

Lena Grove décide de prendre la route, depuis son Alabama natal, afin de retrouver l'homme dont elle est enceinte. Après deux mois de voyage (à pied et en charrette), elle échoue à Jefferson, petite ville du Mississippi, où l'incendie d'une vieille demeure fait rage, sa propriétaire ayant quant à elle été assassinée...
Puis nous laissons la paisible mais persévérante Lena pour être transportés quelques années en arrière, dans l'orphelinat où le petit Joe Christmas, cinq ans, débute une existence vouée au malheur...

C'est dans sa construction que réside la complexité de "Lumière d'août", ainsi que l'on s'en rend compte après avoir été quelque peu déstabilisé par ce récit qui, suite à une première partie formellement classique, semble sauter du coq à l'âne. Une construction concentrique et parfaitement maîtrisée. L'auteur donne l'impression de contourner le cœur de son sujet pour s'en rapprocher petit à petit, alors qu'il est en réalité en train d'élaborer une vaste fresque dans laquelle chaque élément a sa place, chaque détail son importance. Attention, "complexe" n'est pas, ici, synonyme d'incompréhensible, d'obscur. Grâce à la perfection avec laquelle William Faulkner déroule son mécanisme narratif, le lecteur n'a plus qu'à se laisser porter et à assister, bluffé, à la formation du puzzle qui se met en place sous ses yeux.

Quant à ses héros, leur sort semble joué d'avance, se dessinant peu à peu dans le tableau dont le rendu final est fixé depuis le départ.
Joe Christmas est la victime la plus flagrante de ce déterminisme : la part de sang noir qui coule dans ses veines et ses origines bâtardes le condamnent à un destin d'humiliations et de violence. Cette inéluctabilité donne au récit une dimension profondément tragique, à laquelle vient s'ajouter le caractère âpre et accablant de son propos. Haine raciale, obscurantisme, rigorisme puritain, l'auteur brosse du milieu rural des États-Unis de ce début des années trente un portrait sans concession, dans lequel il s'attache à mettre en exergue les penchants cruels et iniques de ses semblables, mais pas seulement... car il y a aussi dans "Lumière d'août" des hommes et des femmes dont les manifestations de compassion, de générosité, nous permettent de ne pas complètement désespérer de la nature humaine.

Une fois de plus, William Faulkner m'a totalement séduite et impressionnée...

Commentaires

  1. Je vois que tu es en train de lire "Betty"...Je reviendrais lire tes impressions

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    1. En fait je l'ai terminé, et je pense poster mon avis demain.
      J'avais d'ailleurs l'intention d'y mettre un lien vers ton billet..

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