"Le boulevard périphérique" - Henry Bauchau

Réminiscences.

Chaque jour, le narrateur emprunte le périphérique parisien pour rendre visite à Paule, sa belle-fille atteinte d'un cancer, qui est hospitalisée.
Le spectacle de la douleur, la proximité de la mort, font resurgir le souvenir d'une autre mort, survenue trente-six ans auparavant, celle de son ami Stéphane, homme serein, discret et généreux, qui, en l'initiant à l'escalade, lui a permis de surmonter certaines de ses peurs, de se dépasser. Leurs chemins s'étaient séparés au moment de la seconde guerre mondiale : le narrateur, soutien de famille, n'a pas quitté son foyer, alors que Stéphane s'est enrôlé dans la résistance ardennaise. Il y a laissé la vie, dans d'obscures circonstances que son ami, une fois le conflit terminé, a tenté d'élucider.
C'est ainsi qu'il est entré en contact avec Shadow, l'officier allemand à l'origine de la mort de Stéphane...

En remontant le fil de ses souvenirs, qu'il dévide en même temps que la maladie de Paule progresse, le narrateur se livre à une analyse introspective de l'impact de ces événements passés et présents sur sa manière d'appréhender le monde, de se comporter avec ses proches.
Avec sincérité et humilité, dans une démarche à la fois intellectuelle et émotionnelle, il envisage l'approche de sa propre mort, et avec elle, le risque grandissant de la maladie, de la dépendance. Cela lui permet aussi de se positionner dans la hiérarchie générationnelle, une démarche difficile, qui l'amène à assumer un rôle avec lequel il ne se sent pas toujours à l'aise, le rôle de celui qui conseille, qui doit assumer sans hésitation ses prises de position.
Avec le recul des années, il s'interroge aussi sur les sentiments qui le liaient à Stéphane, sur son incapacité, depuis toujours, à mettre en mots ses émotions. Il mesure, avec mélancolie mais sans pathos, toute l'intensité de l'amour que son ami, si réservé, d'humeur toujours égale, éprouvait pour lui, et qu'il n'a pas su apprécier à sa juste valeur.

Par l'analyse qu'il fait de lui-même, sans complaisance, avec la volonté évidente de mieux se comprendre, le narrateur aborde des problématiques, lance des questionnements susceptibles de toucher chacun d'entre nous. L'auteur fait preuve à la fois d'acuité et de délicatesse, et j'ai trouvé certains passages très beaux, très émouvants.

>> Un autre titre pour découvrir Henry Bauchau :

Commentaires

  1. J'ai également beaucoup apprécié la lecture de ce livre. Il y a aussi une réflexion intéressante sur les relations père-fils. J'ai cependant eu plus de difficultés avec "l'enfant bleu" par la suite.

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    1. C'est vrai que c'est un roman qui nous lance sur des pistes de réflexion diverses et nombreuses.

      J'avais personnellement beaucoup aimé, dans "L'enfant bleu", la façon dont l'auteur nous familiarise avec ses personnages et décrit le douloureux cheminement de la relation entre l'enfant et la soignante.
      J'avais trouvé ce récit très émouvant, un bel hommage à la différence..

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  2. Tu as de la chance, rares sont les romans qui ne te déçoivent pas, il me semble. Et tu en parles toujours fort bien !
    J'ai ce livre de H. Bauchau dans ma PAL, j'espère qu'il me séduira aussi.
    Quant à "Je voudrais tant que tu te souviennes", je le finis ce soir. J'aurai tout juste une semaine pour pondre ma critique, c'est parfait ! :)

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    1. A vrai dire, ce n’est pas -que- de la chance.

      Disons que je choisis en général les romans que je lis en fonction des critiques de blogueurs qui ont sensiblement les mêmes goûts que moi.
      Et puis je t'avoue qu'il m'est arrivée de ne pas chroniquer des titres qui ne m'avaient pas plu...

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  3. Mais je fais pareil. Je choisis mes livres en fonction des blogueurs qui ont des goûts similaires aux miens. Mais il semblerait que je sois toujours un peu plus pisse-vinaigre qu'eux, en général ;)
    Par contre, tu fais bien de ne pas te fatiguer à chroniquer tous ceux qui ne t'ont pas vraiment plu. C'est éreintant.

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  4. Un très beau roman que j'ai chroniqué aussi. Magnifique, je me souviens des pages sur les aller-retour.

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    1. C'est vrai, un beau roman...
      Merci pour cette visite, je ne manquerai pas d'aller voir cette chronique sur ton site, alors...

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