"Le dernier contingent" - Alain Julien Rudefoucauld

Jeunesses perdues.

"Le dernier contingent" se déroule comme un long cauchemar dont on pressent presque d'emblée l'inéluctable issue tragique.
Le lecteur y est plongé en alternance dans l'esprit de six personnages, au cœur de leurs pensées transposées à l'état brut, celles des uns succédant à celles des autres sans transition.
Le récit en acquiert un rythme effrené, haletant, qui nous imprègne d'un sentiment d'urgence, ainsi qu'une impression de violence permanente.

Sylvie, Marco, Manon, Malid, Xavier, Thierry... Six jeunes qui à eux tous semblent cumuler tous les drames imaginables. Antécédents familiaux désastreux, atteinte à l'intégrité morale et physique, les épreuves qu'ils ont subies les ont comme vaccinés contre le bonheur...
Constamment sur le qui-vive, ils sont trop écorchés pour se fondre dans les moules que leur propose une société qui ne les comprend pas.
Les confrontations avec les services sociaux, les institutions judiciaires, illustrent la difficulté, voire l'impossibilité, à ce que ces deux mondes communiquent. La violence de certains membres de la police, l'indifférence des éducateurs -quand ils ne sont pas carrément pervers-, l'impuissance des rares adultes qui paraissent de bonne volonté, les ont aguerris face au système, ont annihilé leur confiance et toutes leurs illusions.
Alain Julien Rudefoucauld est particulièrement sévère envers l'arsenal mis en place pour traiter les problèmes de ces jeunes en perdition. Les moyens sont inadaptés, et ne permettent pas la création d'un lien salvateur entre eux et les adultes censés les guider.

"Le dernier contingent" est un texte rude, éprouvant. L'accumulation de malheurs, de souffrances, alliée au caractère frénétique de l'écriture peut d'ailleurs parfois provoquer une certaine lassitude.
Heureusement, l'auteur nous offre aussi de beaux moments de poésie et d'émotion. Les passages, notamment, où Malid exprime son amour de la littérature, ceux où Marco et Thierry pleurent la perte de la sœur de ce dernier, la petite Cécile, sont particulièrement émouvants.

En tous cas, voici un roman qui ne laisse pas indifférent. Alain Julien Rudefoucault met habilement sa plume au service de son propos, pour faire de Malid, Marco et les autres des héros que je n'oublierai pas de sitôt.

Commentaires

  1. Voilà un titre qui me tentait bien ... au détour d'un article (je ne sais plus où mais c'était sur l'écriture "frénétique" ), j'avais vu une comparaison avec "La route", j'avais fui, donc, mais comme tu le recommandes, je le note. A bientôt !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cette comparaison ne me serait jamais venue à l'esprit... en plus, je n'ai pas aimé La Route, tout comme toi.

      Dans Le dernier contingent, il y a, au contraire, beaucoup d'émotion, de "tripes" !!

      Supprimer

Enregistrer un commentaire