"Trois femmes puissantes" - Marie NDiaye

Pourquoi faire simple... ?

"Trois femmes puissantes"...
... ou trois moments de vie, trois tranches de destins qui permettent à Marie NDiaye de brosser le portrait de femmes noires qui, chacune à sa manière, oppose au malheur, à la malchance, à la violence d'un monde de domination masculine, sa force et son courage.

Norah a toujours vécu en France, où elle exerce la profession d’avocate. Elle vit depuis peu avec Jakob et leurs deux filles respectives, âgées de cinq ans.
A la demande de son père, reparti vivre au Sénégal avec Sony, le frère de Norah, alors qu'ils n'étaient encore que des enfants, elle se rend à Dakar. Elle y découvre que ce frère, choyé et gâté par un père qui n'a jamais juré que par son garçon, a été incarcéré à la prison de Reubeuss pour le meurtre de sa belle-mère.
Ce séjour au Sénégal ravive chez Norah la douleur provoquée par l'abandon paternel et par la séparation d'avec Sony. En se réveillant, ses vieux démons l'amènent de plus à s'interroger sur ses choix de vie, sur les angoisses avec lesquelles, en tant qu'adulte, elle n'a toujours pas fini de se colleter.

Fanta a quitté son poste de professeur et son Sénégal natal pour accompagner son mari Rudy qui, renvoyé du lycée de Colobane où ils enseignaient tous deux, a voulu tenter sa chance en Gironde, d'où il est originaire.
Ils vivent ainsi depuis cinq ans dans une maison de la campagne bordelaise. Ou plutôt ils vivotent : Rudy supporte difficilement son dernier travail en date, qui est de surcroit mal payé. Quant à Fanta, lorsque leur fils Djibril est à l'école, elle végète, seule, dans un foyer conjugal triste et isolé. Elle n'a en effet jamais pu trouver de poste en France.
Rudy abrite en lui des démons dévastateurs que les frustrations causées par sa situation actuelle l'empêchent de vraiment maîtriser. Il craint par-dessus tout que Fanta le quitte, et se montre instable, égaré, voire parfois violent.

Khady Demba a été chassée par la belle-famille qui l'hébergeait depuis le décès de son mari. Démunie, ne possédant que quelques billets en poche, sa route croise celle d'aspirants à l'émigration clandestine. Elle échoue finalement dans un village perdu du désert sénégalais, où elle est prostituée par la tenancière du bar local.

Ces trois récits se suivent sans transition, vaguement reliés par des correspondances plus ou moins évidentes, par certains détails qui se font écho mais ne leur permettent pas vraiment de se rejoindre. Leur point commun le plus flagrant réside dans la dignité et la volonté farouche de ces femmes qui, face aux coups du sort, ne baissent pas les bras, refusent l'humiliation.
Quand Norah trouve sa force dans son application à maîtriser son quotidien, à préserver son indépendance financière, Fanta oppose au déséquilibre psychique d'un mari qui l'a cloîtrée dans une existence morne et frustrante son mutisme et son impassibilité.
Quant à Khady Demba -celle dont la résistance est sans doute la plus émouvante-, qui subit des situations avilissantes, qui endure des souffrances physiques, elle garde en elle une telle conviction de sa singularité, de son importance en tant qu'individu, qu'elle lui permet de s'adapter au pire avec une sérénité et une énergie incroyables.

Marie NDiaye nous introduit dans la vie de ses héroïnes armée d'un style imagé, soigneusement travaillé, qui se mue parfois en longues phrases tortueuses. Sans doute trop longues et trop tortueuses, puisque la complexité à mon avis inutile de certains passages m'a quelquefois détachée du récit.
C'est dommage, car sans cela, la lecture de "Trois femmes puissantes" aurait été un moment presque parfait !
La richesse des personnages, cette façon de lier des histoires sans réel début ni fin, comme si elles s’inscrivaient dans une continuité, alors qu'elles n'ont a priori rien en commun, m'ont en effet beaucoup plu.

Commentaires

  1. Cela fait un petit moment que ce livre m'attend, ton avis m'encourage à le sortir de ma PAL.

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  2. Je serais curieuse de lire ton avis, car c'est un roman qui a été souvent encensé... et je reste quant à moi un peu déçue, en raison de ce style parfois alambiqué.

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  3. Je l'ai lu à sa sortie et n'es pas été emballée. Exactement comme toi, je l'ai trouvé bien compliqué pour pas grand chose, j'irai même jusqu'à dire que j'ai trouvé l’écriture prétentieuse. Ceci dit, je garde un souvenir très fort de la (et très net) du récit de Khady Demba ( j'avais oublié le nom bien sûr;) )

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    1. C'est toujours rassurant de voir que l'on n'est pas la seule à ne pas avoir été emballée par un roman par ailleurs plébiscité...

      J'en profite pour te souhaiter une excellente année, et toujours de belles aventures livresques et bloguesques !!

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