"Leaving Las Vegas" - John O'Brien

Voie sans issue.

C'est facile, de faire du "trash"...
Il suffit de choisir des personnages susceptibles d'attirer les ennuis, des "candidats au malheur", en quelque sorte, menant une existence glauque dans un univers malsain (ou le contraire), de les faire se rencontrer, de pimenter le tout de quelques louches de violence, de moult litres d'alcool, de plusieurs kilos de stupéfiants...

Oui, mais voilà : si on se contente, sans talent, d'utiliser ces ingrédients, cela donne un récit trash mais inintéressant, vulgaire, voire complètement risible...

Mêler sordide et poésie, glauque et humanité, bref, savoir nouer les tripes du lecteur et lui tirer les larmes avec une intrigue et des personnages tels que ceux évoqués ci-dessus, ça, c'est une autre paire de manches !

Une paire que John O'Brien n'a eu aucun mal à relever (ou plutôt "n'avait", puisqu'il s'est suicidé en 1993, à l'âge de 34 ans), ainsi que le démontre son roman "Leaving Las Vegas", le seul de cet auteur (qui en a écrit trois) à avoir été traduit en français.

Trois personnages principaux évoluent dans ce récit.

Le premier, c'est Sera, une prostituée qui parcourt depuis quelques années les trottoirs et les casinos de Las Vegas. Elle a fui un souteneur et amant qui la livrait à de riches et pervers clients, mais ce dernier est à nouveau sur ses traces... Sera subit les vicissitudes de l'existence avec une lucidité et une résignation atterrantes. Les clients tordus, parfois extrêmement violents, les humiliations, rien ne semble vraiment l'atteindre. Elle subit physiquement les événements, tout en gardant une forme de liberté intérieure inaltérable.

Ben est le deuxième "anti-héros" que "Leaving Las Vegas" met en scène. On ne connaît pas vraiment le détail de sa vie passée. Au moment où nous faisons sa connaissance, il a perdu son travail et sa femme, et l'unique préoccupation de son existence consiste à trouver à toute heure du jour et de la nuit de quoi assouvir son besoin d'alcool. Dire que Ben est alcoolique est un euphémisme. On comprend que ce qu'il vise, c'est la mort, et que rien ne le détournera de cet objectif.

Le troisième protagoniste qui hante ce roman, c'est Las Vegas. A la fois factice et malfaisante, tentatrice et impitoyable, la ville devient le réceptacle du désespoir, le cul-de-sac dans lequel viennent s'échouer ceux qui n'attendent plus rien de l'existence.

La rencontre entre ces trois-là, mêlant amour, détresse, et déchéance, ne peut qu'aboutir au désastre...

Bien sûr, je vous recommande ce récit fort, violent, et en même temps profondément humain, mais je préfère vous avertir : il est préférable d'avoir le cœur bien accroché !

Commentaires

  1. Je ne savais pas que c'était un livre. J'ai adoré le film - le genre de film qu'on n'a pas envie de voir tous les jours...très très dur...

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    Réponses
    1. Dans ce cas, je te conseille le roman, il devrait te plaire.
      En ce qui me concerne, je n'ai pas vu le film, mais je vais essayer de me le procurer...

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