"Le livre de Dina" - Tomes I, II et III - Herbjørg Wassmo

-Entrée : "Les limons vides"
-Plat : "Les vivants aussi"
-Dessert : "Mon bien-aimé est  à moi".

Techniquement parlant, "Le livre de Dina" se compose en réalité de trois livres, mais cela n'a guère d'importance, puisqu'ils forment bien au final un seul et même roman, qui se dévore d'une traite.
Peu importent également les sous-titres attribués par l'auteure à chacun des trois tomes, il s'agit bien là du LIVRE DE DINA. En effet, malgré la présence de beaux personnages secondaires, l'héroïne éponyme de l’œuvre d'Herbjørg Wassmo y prend toute la place, impose au lecteur comme aux personnages qui l'entourent son atypisme et sa force de caractère.

La trilogie s'ouvre d'ailleurs sur une image brutale et insolite : Dina précipite au bas d'une falaise le traîneau où son mari Jacob gît, blessé. Autour, le décor hostile, de glace et de vent, du nord de la Norvège.
Voilà pour le prologue...

Retour quelques années en arrière...
Dina a cinq ans. Elle provoque par inadvertance la mort de sa mère Hjertrud. Son père ne lui pardonne pas cette maladresse fatale. Il se détourne de sa fille, ne supportant même plus sa présence à table, et la laisse grandir livrée à elle-même. L'enfant devient sauvage, asociale, malpropre, mais aussi agile, endurante et forte. Elle assouvit ses envies et ses besoins sans considération de la bienséance, et rend bien à son entourage la distance quelque peu effrayée éprouvée à son égard.

Un homme, pourtant, va parvenir à percer la carapace de la fillette. Lorch est précepteur, et à la demande du père de Dina, est chargé de lui transmettre un minimum d'instruction. Il est d'une patience remarquable et très ouvert d'esprit. C'est également un passionné de musique, qui joue du violoncelle.  Il repère rapidement chez sa jeune élève une aptitude exceptionnelle pour le calcul et la musique, et entreprend de l'initier à son art.
C'est, plus tard, la vision de Dina avec un violoncelle entre les jambes, alors qu'elle en joue pour des invités de son père, qui séduit Jacob Grønelv. Il demande et obtient la main de cette jeune rebelle qui a vingt ans de moins que lui...

Dina sera une épouse peu ordinaire, dont le comportement brutal et masculin fera frémir les proches de Jacob, mais elle trouvera aussi parmi eux de fidèles alliés, telle Karen, sa sage et énergique belle-mère, ou encore Anders, fils adoptif d'une première union de Jacob.
Dina sera une veuve tour à tour mutique et hurlante, exprimant son traumatisme d'une manière sauvage et violente. 
Puis Dina sera mère, une mère certes peu démonstrative mais finalement compréhensive et patiente.
Elle sera aussi une redoutable femme d'affaires, une amoureuse intransigeante...
Mais le mieux est de vous laisser découvrir ce qu'il adviendra de cette femme incroyable et férocement attachante, au gré des rebondissements d'une intrigue qui ne faiblit à aucun moment.

Dans une société (l'action se déroule au milieu du XIXème siècle) où le rôle de la femme est en général cantonné à celui de maîtresse de maison, Dina force l'admiration par son indépendance et son refus de toute compromission. Elle évolue, aussi, peu à peu. Oh, bien sûr, elle garde sa fougue, sa conception brute et inflexible de la droiture, cette manière dévorante d'assouvir ses désirs... mais elle apprend aussi à se faire coquette, à s'adoucir, quand elle a besoin d'user de son charme pour conclure une affaire, par exemple. Le lecteur découvre, sous ses airs abrupts, une femme intelligente, maline, et juste, malgré sa dureté.

Herbjørg Wassmo dote son texte d'une écriture efficace et d'un rythme homogène, qui dénotent un grand talent de conteuse d'histoires. La relation des faits est régulièrement entrecoupée de la transcription des monologues intérieurs de Dina, qui révèlent un univers d'obsessions avec lesquelles elle a appris à vivre en bonne intelligence. Hantée par les fantômes de ses proches disparus, sa mère en tête, elle les laisse s'inviter avec philosophie dans son monde, et cohabite avec eux. Une touche de surnaturel s'immisce ainsi dans le récit, lui conférant consistance et originalité.

Vous l'aurez compris : je vous incite à faire la connaissance de Dina, elle en vaut le détour !

Commentaires

  1. Je ne connaissais pas du tout ni l'oeuvre ni l'auteur. Je ne suis pas amatrice de romans en plusieurs tomes, mais ton avis ne peut que me tenter... D'autant que l'auteur semble avoir établi un portrait psychologique complexe, ce que j'apprécie généralement beaucoup ! Bref... C'est noté ! J'espère que je serai aussi conquise que toi :)

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    1. Oh, les tomes sont tout petits et ne constituent au final qu'un bon roman de 4 à 500 pages !
      Et cela se lit très vite, le style est vraiment fluide.

      Bonne lecture !!

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  2. Ha Dina ! une force qui va sa route et emporte qui la croise, un sacré roman (parce que je suis bien d'accord avec, la trilogie n'est qu'un seul roman, en fait). J'avais beaucoup aimé aussi "La trilogie Tora", également centrée sur un personnage féminin, mais très différent. Et m'étais un peu lassée avec "Fils de la providence" (en deux tomes cette fois, je crois), mais, j'avais un peu tout lu à suivre, il faut dire. La gourmandise est parfois un défaut ...

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    1. J'avais l'intention de lire la suite sur son fils, mais effectivement, peut-être pas tout de suite...

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  3. J'ai beaucoup aimé cette trilogie et je reviendrai à cette famille, sûrement avec Fils de la providence.

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    1. Tiens, cela pourrait faire l'objet d'une lecture commune ?

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  4. Ah merci beaucoup pour cette critique, cela fait un moment que je tourne autour du livre de Dina. Votre avis va me faire franchir le pas!

    Léa

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