"Soie" - "Novecento : pianiste" - Alessandro Baricco

Le temps d'un aller/retour...

Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongée dans l'univers d'Alessandro Baricco. 
A l'occasion d'une escapade à Rome, j'ai pensé qu'il serait opportun d'occuper le temps du trajet en compagnie de l'auteur italien...
Et c'est avec un immense plaisir que j'ai retrouvé ses ambiances subtilement surnaturelles et l'envoûtante poésie de son écriture.

Dans "Soie" et "Novecento : pianiste", il met en scène le genre de héros que ses lecteurs ont coutume de rencontrer dans ses romans, ces personnages à part, et que l'on envie un peu, parce qu'ils possèdent une sorte de grâce, liée à l'intuition de ce qui est véritablement, humainement important. 
Peu leur importent la gloire, la fortune ou le pouvoir, que pourraient pourtant leur procurer leurs talents. Eux préfèrent partir au bout du monde pour y retrouver le mystère d'une inconnue tout juste entrevue, ou apprendre à jouer du piano en harmonie avec la valse des flots océans.
C'est comme s'ils vivaient en léger décalage avec la réalité, décalage leur permettant de ne subir ni l'agitation, ni les préoccupations bassement triviales de l'existence. Ces personnages sont d'ailleurs évoqués à la troisième personne, comme pour marquer la distance qui les sépare de leurs semblables.
Sans doute est-ce pour cela que l'on a spontanément tendance à qualifier ces deux récits de "fables", et aussi parce que les histoires qui y sont rapportées ont une consonance légèrement fantastique, ou évoquent des aventures extraordinaires, telles celles que vit Hervé Joncour, le héros de "Soie".

Cet ardéchois, petit négociant en vers à soie, prend un jour la route du lointain Japon. Nous sommes au début de la deuxième moitié du XIXème siècle, et ce voyage représente une véritable expédition, mais il en va de la survie de l'activité des sept filatures de soie de Lavilledieu, menacée par une épidémie qui rend inutilisables les œufs qu'Hervé Joncour se procurait jusque-là en Afrique. Les vers du Japon sont en effet réputés pour produire la plus belle soie du monde, et l'isolement de ses îles a empêché la contamination de leurs œufs.
Hervé Joncour effectuera plusieurs voyages vers le pays du Soleil Levant, espérant à chaque fois y retrouver l'étrange inconnue qui l'obsède depuis qu'il l'a vue lors de son premier périple...

La destinée de Novecento, héros du roman éponyme, n'a rien à envier à celle du négociant ardéchois.
Abandonné sur le Virginian, un transatlantique qui relie l'Europe à l'Amérique du Nord à partir des années 20, il est recueilli par un membre de l'équipage, qui l'élève comme son propre fils, mais décède brutalement alors que le garçon n'est âgé que de huit ans. Officiellement inexistant, l'orphelin reste à bord, où il passera la totalité de son existence, jouant du piano pour des spectateurs envoûtés par l'étrange et sublime musique qu'invente Novecento...

Alessandro Baricco est le conteur idéal de ces destins particuliers.
Il sait donner du sens aux détails, en extraire les résonances, et rendre ainsi ses personnages véritablement singuliers.
Il sait donner à ses histoires le rythme qui leur correspond : dans "Soie", il exprime par des répétitions la patiente obstination de son héros, quand dans "Novecento", le long monologue du narrateur évoque l'existence du pianiste comme un écoulement serein et régulier.

En même temps que je rédige ce billet, je relis des passages de ces romans, et je réalise à quel point il est difficile de rendre la mesure de l'émotion que vous procure l'écriture d'Alessandro Baricco. Ils sont pourtant bien courts, ces deux ouvrages, mais riches d'une musicalité qui les rend immenses.
N'attendez pas une escapade à Rome... lisez-les maintenant !

N.B.: J'exprimerai une petite préférence pour "Novencento : pianiste", en raison notamment de la personnalité si touchante de de son héros, et de la beauté de son histoire.

>> Deux autres titres pour découvrir Alessandro Baricco :
"Châteaux de la colère"
"Océan mer".

Commentaires

  1. J'avais adoré ces deux romans, chacun lus au moment de leur parution,( donc dans un temps où l'activité bloguesque était une inconnue). Je me souviens du rythme enchanteur de "Soie" surtout, de ce léger décalage dont tu parles où, pendant le temps de la lecture, nous aussi, on croit tout possible, même le rêve (la lettre de la femme d'Henri, un truc d'amour juste magique)

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    1. Oui, enchanteurs, tel est bien le terme qui définit sans doute le mieux ces romans...
      Moi aussi, j'ai trouvé cette idée de lettre très émouvante.

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  2. Lu le premier mais pas encore le second :) Mais cela ne va pas tarder ;)

    Métaphore
    Une idée d'indice pour le challenge "Jacques a dit" de ce soir à 20h?

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    1. Novecento est vraiment excellent, l'histoire m'a enchantée...
      Désolée pour le challenge, mais comme tu le vois, j'arrive un peu trop tard : avec le retour du soleil, j'ai un peu moins l'occasion de surfuer sur le net !

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  3. Mince, je l'avais entre les mains aujourd'hui et je l'ai reposé !

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  4. Lequel ? Les deux sont bien, mais Novecento, c'est... de toute beauté !
    Tu auras sans doute d'autres occasions de ne pas le reposer.
    A bientôt.

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