"Sur les ossements des morts" - Olga Tokarczuk

Pas si bête...

Les morts suspectes qui viennent troubler la tranquillité du petit village de la vallée de Kłodzko sont-elles le fait d'animaux qui se vengent de ceux qui les chassent et les mutilent ? 
Telle est en tous cas la conviction de Janina Douchenko, narratrice du roman de l'auteure polonaise Olga Tokarczuk, "Sur les ossements des morts".

Cette ingénieure à la retraite, qui s'occupe en donnant des cours d'anglais aux écoliers et en aidant son ami Dyzio à traduire l’œuvre de Wiliam Blake, vit dans un hameau retiré du village en question, à proximité de la frontière avec la Tchéquie. Passionnée d'astrologie, Janina passe, aux yeux de la plupart de ses concitoyens, pour une vieille excentrique et procédurière, mais c'est surtout une femme sensible et très cultivée, au fort caractère, qui abhorre la violence et l'injustice. Elle éprouve pour la nature et les animaux un respect profond et quasi mystique, et ne supporte pas les saccages et les attaques dont ils font l'objet de la part d'individus grossiers et cruels.
C'est pourquoi, lorsque son voisin, l'antipathique Grand Pied, meurt, étouffé par un os de biche avalé de travers, elle se dit qu'après tout ce n'est que justice. Il était en effet de notoriété publique que l'homme s'adonnait au braconnage...
Et Grand Pied n'est que le premier chasseur dont on découvre le cadavre...

Le rythme du récit d'Olga Tokarczuk, ainsi que l'atmosphère qui s'en dégage, sont à l'image de l'environnement où il se déroule. Dans un climat hostile -gris et froid-, le temps s'étire, plombant davantage encore la rudesse d'un quotidien de solitude, où règne le manque de lumière. Dans ce contexte, la fantaisie de Janina est bienvenue. Mais elle-même peine, certains jours, à trouver l'énergie nécessaire à la réalisation de ses activités. 

"Sur les ossements des morts" est un étrange roman, qui oscille entre genre policier et fantastique, sans que l'on comprenne de prime abord où l'auteure veut nous mener. C'est sans doute ce qui fait l'un des atouts de ce texte inclassable, qui mêle avec une désarmante simplicité l'ingénuité des récits fabuleux au suspense plus prosaïque des polars.

Un autre des intérêts du roman réside dans les problématiques qu'aborde Olga Tokarczuk, sous couvert de l'aspect trompeusement naïf de son récit.  Elle pose en effet la question de l'avenir d'une société qui mésestime l'importance de la nature et maltraite ses animaux, ces comportements dénotant les sentiments d'impunité et de toute puissance qui, sans doute, conduiront l'Homme à sa perte...

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Commentaires

  1. Le titre et la couverture font froid dans le dos, on dirait une sorte de Donnie Darko mâtiné film de zombies! J'aime bien venir ici, j'y découvre toujours des titres dont je n'aurais jamais croisé la route autrement, et je crois que celui-là en fait partie!

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    1. Ça m'a fait la même impression quand je l'ai vue !
      Mais elle n'est pas vraiment représentative de l'ambiance qui baigne le récit, caractérisée par une sorte d'étirement du temps.. Même si, c'est vrai, il y a des passages un peu glauques, mais cela reste assez subtil.
      En tous cas, cela a été l'occasion de découvrir une auteure polonaise et un genre assez inhabituel.

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  2. Cet univers m'a fait penser un peu à celui de Margaret Atwood, mais je ne sais vraiment pas pourquoi ... Le côté fable étrange, peut-être, ou l'intérêt pour la figure féminine ... Ce que j'ai vraiment apprécié aussi, c'est que le côté "fable écologique" soit finalement assez peu appuyé et biaisé par le fantastique. Du coup, pas de "morale" assénée.

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    1. Oui, c'est vraiment un roman qui mêle les genres, sans tomber dans le grand n'importe quoi. Un roman au charme étrange..

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  3. je l'ai lu (et aimé) surtout qu'avant j'avais lu d'elle Les pérégrins (très spécial mais fascinant)
    (j'arrive ici par ton billet récent sur le roman chez noir et blanc)

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    1. J'ai l'intention de lire Les pérégrins aussi (j'aime ce qui est spécial...).

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