"Bouvard et Pécuchet" - Gustave Flaubert

"Je sens contre la bêtise de mon époque des flots de haine qui m'étouffent. Il me monte de la merde à la bouche, comme dans les hernies étranglées. Mais je veux la garder, la figer, la durcir. j'en veux faire une pâte dont je barbouillerais le XIXe siècle, comme on dore de bougée de vache les pagodes indiennes."
(Gustave Flaubert, à Louis Bouilhet)..

La rencontre entre Bouvard et Pécuchet semble être un clin d'oeil du destin : ayant fait connaissance de manière complètement fortuite, dans la rue, les deux compères se découvrent tant de points communs et d'affinités qu'ils vont passer les prochaines années de leur vie ensemble !

L'un est veuf, l'autre célibataire, ils n'ont pas d'enfant.
L'héritage que perçoit Bouvard au décès de son père permet aux deux amis d'aller s'installer dans une vaste demeure de la campagne normande, loin de la trépidation parisienne qu'ils ne supportent plus.
Là, ils vont faire preuve d'un enthousiasme démesuré pour l’agriculture, dont ils vont étudier dans les moindres détails les différentes pratiques... un enthousiasme aussi inconstant que démesuré, puisque cette passion cède la place à une autre, qui elle-même sera détrônée par une autre lubie, elle-même remplacée par un nouveau hobby...
Bouvard et Pécuchet enchaînent ainsi toutes sortes d'activités diverses, sur lesquelles ils se documentent avec fort sérieux, mais leurs engouements successifs retombent assez vite. En effet, la maladresse et la malchance les empêchent de mener à bien tous leurs projets, qui échouent de façon parfois catastrophiques.
De la géologie à la littérature, de la chimie à la politique, en passant par la gymnastique ou l'éducation des enfants (qu'ils expérimentent sur deux petits orphelins), rien ne leur réussit, et ils finissent par passer, aux yeux de leurs fréquentations, pour d'inconséquents excentriques...

Le sujet exploité par Flaubert se prête à des situations cocasses, et ses deux personnages sont également très drôles. Incapables de faire preuve de mesure, et d'émettre leurs propres jugements, ce sont de véritables girouettes, qui changent d'avis comme de chemises, prônent une doctrine puis son contraire, sans jamais se remettre en question. Seule est constante leur amitié, indéfectible, résistant à tous leurs désaccords, à toutes leurs défaites.
"Bouvard et Pécuchet" est une caricature, par laquelle Flaubert fustige la bêtise de ses contemporains, qui confondent érudition et intelligence. Nos héros ont à leur disposition maints et divers supports d'information, mais sont incapables de les analyser avec méthode et objectivité.

Ce roman est resté inachevé, suite au décès de son auteur. Et pourtant, je l'ai trouvé long... 
Certes, j'ai apprécié le ton burlesque et moqueur, et le comique de certaines scènes. Seulement, les passages pendant lesquels Gustave Flaubert nous livre le détail des théories diverses avec lesquelles se débattent les deux compères m'ont parfois semblé interminables, fastidieux.
Dommage...

Commentaires

  1. Il est certain que l'intention caricaturale prend le pas sur le romanesque dans ce livre, je me souviens en avoir souri mais des longs passages descriptifs, je n'ai rien gardé. Ce pourquoi je préfère sa version condensée " Le dictionnaire des idées reçues", je crois qu'il était aussi dans tes intentions de lecture ?

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    1. Tout à fait, je l'ai dans ma bibliothèque, mais comme c'est plutôt le genre d'ouvrage à grignoter de temps en temps, par petits bouts, je ne crois pas que j'écrirai de billet à son sujet..

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  2. C'est le genre de roman qui sur le papier a tout pour me plaire, et pourtant moi aussi je n'ai que moyennement accroché, trouvant certains passages très très longs. Pas à conseiller à quelqu'un qui voudrait entrer dans l'univers balzacien, pourtant si intéressant.

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    1. L'univers balzacien... euh, tu as du te tromper d'auteur ?
      En tous cas, ce n'est effectivement pas un roman que je conseillerais pour découvrir Flaubert. En revanche, j'avais aimé Mme Bovary et L'éducation sentimentale.

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  3. Comme tu le sais, j'ai aimé le début, mais pas les interminables variations - toutes identiques (paradoxe) - sur des thèmes parallèles.
    Je retiens l'idée d'Athalie : "Le Dictionnaire des idées reçues" est bien plus savoureux... dans un tout autre genre.

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    1. "Savoureux" est bien le terme qui convient. On y retrouve tout l'humour caustique de "Bouvard et Pécuchet", sans le côté lourd du récit.

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  4. Oups, en effet je me suis trompé, c'est bien de l'univers de Flaubert que je voulais parler. Je ne sais pas où j'avais la tête!!! J'aurais mieux fait de me relire.

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  5. Oh, je me doutais bien qu'il s'agissait là d'une petite étourderie...

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  6. Souvenir de lycée, pas mon préféré... j'ai eu beaucoup de mal avec Flaubert, un tel ennui avec celui ci et de même avec Emma Bovary, il faudrait que je m'y remette...

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    1. J'avais personnellement beaucoup aimé Madame Bovary, mais je l'ai lu sans y être "forcée", hors du cadre scolaire... parfois, cela change tout !!

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