"Survivant" - Chuck Palahniuk

Ça plane pour lui...

Il paraît que Chuck Palahniuk est complètement déjanté...
C'est vrai que ses romans mettent en scène des personnages atypiques, voire totalement barrés.
C'est vrai que l'on se demande bien souvent d'où il tire cette inspiration qui lui fait imaginer ces situations improbables, ces épisodes absolument loufoques.
C'est vrai que, parfois, il en fait trop, au risque de nous proposer des textes que pour ma part, je trouve indigestes, parce que trop tordus pour être compréhensibles (je n'ai jamais pu dépasser les quarante premières pages de "Pygmy"), ou parce trop "trash" pour être supportables (certaines scènes d' "A l'estomac", au souvenir desquelles je frissonne encore, ont bien failli me faire vomir, et celui-là non plus, je ne l'ai pas terminé).

Mais à part ça, sous ses airs d'écrivain qui ose tout, et dont le principal objectif serait de choquer son lecteur, il a écrit des trucs très valables. Bon, attention, ne vous attendez pas à trouver, dans ses récits, des héros prévisibles, qui ressembleraient à monsieur ou madame tout le monde, qui vivraient leur petite vie bien rangée de citoyens américains modèles... Les romans de Chuck Palahniuk ont toujours un côté loufoque, et politiquement incorrect. Mais il n'est pas besoin de faire trop d'efforts pour deviner, derrière ses personnages et ses histoires invraisemblables, qu'il y est question de nous, et de cette belle société dans laquelle nous évoluons.
Après avoir lu Palahniuk, vous ne la trouverez sans doute plus si belle que ça, d'ailleurs -si toutefois, avant la lecture d'un de ses romans, vous nourrissiez encore quelques illusions-...

Le héros de "Survivant" est lui-même carrément moche. Obèse, le cheveu rare et plat, l'allure négligée, la peau grasse, il faut dire à sa décharge qu'il n'a guère été entraîné à prendre soin de sa personne. Jusqu'à l'âge de dix-sept-ans, il a vécu, coupé du monde, dans une communauté, celle de l'Eglise Creedish, où son statut de "tender" (fils cadet) l'a condamné à une vie de labeur au service de la dite communauté. Ainsi, alors que son frère aîné s'est vu "offrir" une femme et la possibilité -disons plutôt l'obligation- de fonder une famille, lui a été envoyé dans le monde... Il y fait le larbin pour de riches familles, pour le bénéfice de l'église Creedish, qui récupère tous les gains que lui procure cette activité.

Pour l'heure, Tender Branson (puisque c'est ainsi que se prénomme notre beau gosse) est aux commandes d'un Boeing 747 qu'il a détourné. Il sait qu'il lui reste sept heures de vol avant de se crasher, faute de kérosène, et il va employer ce temps, au fil du compte à rebours qui le rapproche de l'inéluctable fin, à nous expliquer comment il en est arrivé là...
Comment, l'un des derniers survivants de la secte dont il était issu, et dont les membres se sont collectivement suicidés, il a fait partie d'un programme de suivi dont le but était de le maintenir en vie...
Comment ce statut a été récupéré par un obscur agent qui a fait de lui un célébrissime prédicateur, l'a aidé à modifier son apparence à coups de musculation, de stéroïdes, et d'opérations chirurgicales...
Comment, à l'endoctrinement de la communauté Creedish, a succédé, finalement, celui d'une société du paraître et du sensationnel, et comment il s'est laissé lui aussi grisé par l'argent, le pouvoir, et le reflet de sa propre image, par l'espoir que tout cela le rendrait immortel, par le confort d'avoir toujours quelqu'un pour vous expliquer ce que vous avez à faire. Parce que la liberté, l'autonomie, la prise de responsabilité sont des notions trop effrayantes pour être appliquées...

C'est burlesque, et d'un cynisme fortement réjouissant.
Bref, je vous invite vivement à embarquer à bord du vol 2039...


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Commentaires

  1. Moi, c'est "Berceuse" que j'avais lu. En anglais. Comme si ça n'était pas assez déroutant comme ça ! :oP

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    1. Effectivement, tu as placé la barre très haut..

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  2. Je ne l'ai pas lu celui-là mais il est bien tentant. Même pas essayé "Pygmy", je sentais bien que c'était trop... Mais je te conseille "Snuff", le petit dernier en France, bien plus intéressant qu'il n'y parait.

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    1. Dans ce cas, je note. J'avais hésité, un peu dépitée par mon expérience avec Pygmy...

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  3. Vu le nombre d'essais ratés avec cet auteur ... entre celui pas fini et celui fini avec ennui et circonspection ("flight club" et "Choke" dans l'ordre), je ne pensais pas y revenir ... et tout à fait d'accord avec le début de ta note, j'avais le même ressenti, en pire, une sorte de loufoquerie baroque qui ne mènerait pas loin, finalement ... mais tu me fais hésiter avec ce titre et Sandrine avec "Snuff", je crois que je vais retenter l'expérience, finalement, soit l'un soit l'autre, je verrai au hasard poches qui passeront sur ma route.

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  4. Je n'ai lu ni Choke ni Fight Club.
    Après, je peux comprendre que l'on n'accroche pas avec cet auteur, son écriture a parfois des côtés irritants -enfin, je trouve-...

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  5. Moi aussi j'ai fait quelques essais, dont celui-ci, et je ne pense pas que je vais recommencer. Un peu "too much" pour mon cerveau bien rangé et cartésien ;-)

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    1. Je comprends...
      Même moi, qui aime pourtant les récits tordus, voire torturés, je trouve qu'il en fait parfois un peu trop..

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