"Double faute" - Lionel Shriver

Échec et match...

Dans "Double faute", Lionel Shriver nous explique qu'au tennis, la première place -d'un classement- est sans doute la pire. Le meilleur doit maintenir un niveau de performance élevé et constant, quand ceux qui le talonnent bénéficient de la perspective galvanisante d'une progression qui leur permettra, un jour, de le détrôner...

Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire, à la lecture du passage correspondant, et de ramener cette réflexion à la bibliographie de l'auteure, que j'ai découverte avec ce titre époustouflant qu'est "Il faut qu'on parle de Kevin". Ayant constaté que "Double faute" avait été publié postérieurement à ce dernier, je me suis dit qu'elle n'avait personnellement pas su conserver le degré d'excellence qu'elle avait, à un moment, atteint...
Et puis, en poussant un peu plus loin mes recherches, je me suis rendue compte qu'elle avait écrit "Double faute" avant "Il faut qu'on parle de Kevin", mais que la traduction de ces deux titres s'étaient faites dans l'ordre inverse.

Toujours est-il que, dès les premières lignes de ce roman, j'ai réalisé que j'étais à mille lieux de la fascination éprouvée lors de ma précédente expérience avec Lionel Shriver. J'ai eu d'emblée l'impression que cette banale histoire de couple qui se délite ne lui avait pas permis de s'exprimer pleinement.

Certes, le couple en question n'est pas si banal que cela, puisque monsieur et madame sont champions de tennis. Surtout monsieur. Enfin au début c'est plutôt madame... C'est en tous cas sur un court de tennis qu'ils font connaissance.
Elle a 24 ans, c'est déjà presque trop vieux pour espérer remonter le classement ATP où elle occupe la 500 et quelquième place, mais elle est super forte, et elle a un entraineur génial, qui croit vachement en elle, avec qui, accessoirement, elle a eu une liaison, mais maintenant c'est fini, retour aux choses sérieuses, il s'agit de se concentrer sur les revers liftés et autres amortis...

Lui est immense, d'allure faussement dégingandé, comme son jeu d'ailleurs, un peu brouillon, mais très vite, elle y décèle un vrai potentiel. D'ailleurs, ce n'est pas propre au tennis, dont il a commencé l'apprentissage très tard, mais avec une courbe de progression fantastique : ce grand échalas qui a priori ne paie pas de mine est doué pour tout, excelle dans tout ce qu'il entreprend, et il a toujours fait la fierté de ses riches parents qui collectionnent sur les murs de leur chambre à coucher ses diplômes universitaires.
Le pire, c'est qu'il est d'un flegme touchant, n'accordant visiblement guère d'importance à ses multiples succès..
Mademoiselle est séduite, devient madame, les deux compères écument les tournois, comparent leurs classements...
Et lorsque l'un d'eux est mis sur la touche, alors que l'autre continue d'enchaîner les victoires, l'émulation se transforme en rivalité.

Bon, hormis le fait que nos héros sont deux accros de la raquette, et que l'auteure en profite au passage pour nous abreuver d'un vocabulaire tennistico-sentimental (autrement dit, de jeux de mots utilisant les termes de ce sport pour décrire les relations conjugales), le scénario est quelconque, et bien que je reconnaisse la capacité de l'auteure à analyser avec acuité les mécanismes psychologiques de ses personnages, ce roman ne marquera pas ma mémoire...

... Je me demande d'ailleurs si c'est vraiment Lionel Shriver qui l'a écrit ?!

Commentaires

  1. Merci de m'éviter une déception ... je tournais autour de ce livre. A cause de la claque de "Il faut qu'on parle de Kévin", comme toi, j'aurais bien aimé que celui-ci soit à la même hauteur (en même temps, cela semblait difficile !) Tant pis, peut-être à voir avec un autre titre ?

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  2. Je me tâte... j'ai lu des avis sur "La double vie d'Irina" qui ne m'ont pas vraiment convaincue.

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