"Frankie Addams" - Carson McCullers

"Mieux valait une prison où l’on pouvait donner des coups dans les murs qu’une prison invisible."

Ce ne sont pas tant aux événements qui affectent les individus que s'intéresse Carson McCullers, qu'aux résonances de ces événements sur leur psychologie et leur comportement.
En brossant le portrait, à un moment clé de sa vie de jeune adolescente, de son héroïne "Frankie Addams", elle démontre une fois de plus toute l'ampleur de son talent à exprimer les états d'âme de ses personnages.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, Frankie a 12 ans. Orpheline de mère, elle vit avec un père souvent absent, accaparé par le travail d'horloger qu'il exerce au sein de sa propre affaire. Avant d'avoir eu le temps de s'y préparer, la voilà devenue une grande perche, mal à l'aise dans un corps grandi trop vite. Frankie tourne en rond, erre dans les rues plombées par la canicule de sa petite ville de Géorgie, ressassant des pensées obsédantes et décousues.
Elle se sent seule et différente, voudrait être quelqu'un d'autre, et ne trouve plus de réconfort dans la familière compagnie de Bérénice, la vieille cuisinière noire, ni dans celle de son cousin John Henry, encore dans l'insouciance de ses six ans, qui subit avec patience les sautes d'humeur de la jeune fille.
En manque de clés pour appréhender les changements qui s'opèrent en elle, Frankie est à la fois frustrée et bouleversée. Elle est aussi profondément effrayée, son angoisse à l'idée de vivre un futur destin qu'elle n'aurait pas choisi le disputant à sa peur de grandir... Elle éprouve à la fois un sentiment d'oppression, d'enfermement qui la pousse à vouloir partir, quitter un quotidien où rien d'excitant n'arrive jamais, et un irrépressible besoin d'affection, de se sentir appartenir à un groupe, à une famille.

Elle est d'ailleurs persuadée d'avoir trouvé la solution à toutes ces angoisses... Son frère, qui vivait depuis plusieurs années en Alaska, est venu leur annoncer son mariage prochain. Frankie est alors littéralement tombée amoureuse, non pas de son frère et de sa future belle-sœur, mais de l'entité qu'ils forment tous deux en tant que couple. Il ne lui tarde plus qu'une chose : avoir assisté au mariage pour pouvoir partir vivre avec les jeunes tourtereaux, et devenir une partie indissociable de ce "nous" qu'ils constitueront alors tous les trois...

Carson McCullers est une véritable magicienne, capable de nous transporter littéralement au cœur de son récit. Elle nous donne l'impression de vivre l'intrigue de l'intérieur, d'approcher ses personnages au point de pouvoir les toucher. Le lecteur est spontanément ému par le mal-être de son héroïne, par la maladresse brutale avec laquelle elle appréhende ces nouvelles sensations qui la submergent. A l'unisson des états d'âme de Frankie, l'atmosphère du roman se fait poisseuse et étouffante. Le rythme est en général plutôt lent, parfois atteint de soubresauts, au gré des raisonnements désordonnés de l'adolescente.

Un titre qui a renforcé toute l'admiration que m'inspirait déjà l'auteure...

 >> D'autres titres pour découvrir Carson McCullers :

Commentaires

  1. Je ne peux que confirmer tout ça.Sais-tu que Claude Miller,pour le film L'effrontée,avec Charlotte Gainsbourg,sur les émois d'une adolescente,avait été un temps accusé de plagiat.Il y a,c'est vrai,une certaine similitude.

    RépondreSupprimer
  2. Non, je ne le savais pas. J'ai lu qu'il s'était inspirée du personnage de Frankie pour réaliser son film, mais je ne savais pas qu'on le lui avait reproché...

    Personnellement, j'ai vu ce film il y a très longtemps, et je n'ai pas fait le rapprochement au cours de ma lecture.

    RépondreSupprimer
  3. une auteure que j'ai repéré aussi chez Eeguab
    Je note et je surnote donc ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Valentyne,

      Oui, Carson McCullers vaut vraiment la peine d'être découverte. Ce sera une nouvelle occasion de t'immerger dans la littérature américaine...

      Supprimer
  4. Mon livre préféré de Carson McCullers. J'ai beaucoup aimé L'effrontée (et c'est vrai que ça ressemble BEAUCOUP !).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai personnellement un faible pour "Le cœur est un chasseur solitaire", mais ceci dit, aucun de ses titres ne m'a jamais déçue.
      Il faudrait que je revoie L'effrontée...

      Supprimer

Enregistrer un commentaire