"Johnny Chien Méchant" - Emmanuel Dongala

Farce macabre.

Après des élections que le perdant a jugé truquées, ce dernier a repris le pouvoir par la force. Les rebelles d'hier sont ainsi devenues les troupes gouvernementales d'aujourd'hui. Pour le peuple, peu importe : que le président soit tchétchène ou Mata Mata, le résultat est le même. Tous les camps se battent soi-disant au nom dudit peuple, pour s'empresser, dès leur accession au pouvoir, de le piller, le brimer, l'affamer...

Les miliciens à la solde du nouveau gouvernant viennent d'ailleurs de se voir autoriser à un pillage général de quarante-huit heures... Parmi eux, Johnny Chien Méchant -ex Matiti Mabé, ou "mauvaise herbe"-, seize ans, profite de l'impunité ainsi offerte pour violer, tuer, voler. Comme il est allé à l'école jusqu'en CE1, Johnny est persuadé d'être un intellectuel. Il n'est en réalité qu'une brute débile, lâche et influençable, incapable d'éprouver la moindre empathie pour ses semblables.

Le récit alterne entre la narration portée par ce triste héros, détaillant les exactions que le petit groupe dont il a pris la tête commet au fil de sa progression dans les quartiers de la ville, et celle que fait entendre la voix de Laokolé, jeune fille dont le caractère et les valeurs s'opposent à ceux de Johnny. Laokolé est digne, gentille, intelligente, instruite et altruiste.

L'opposition entre les deux personnages est tellement évidente qu'elle tourne à la démonstration manichéenne. La stupidité cynique de Johnny répond à l'incompréhension naïve que Laokolé manifeste face au mal, les atrocités commises par l'un rehaussent le dévouement de l'autre envers sa mère handicapée et son jeune frère.

Il est clair que cet aspect caricatural est volontaire. Tout comme l'humour -certes macabre- dont fait preuve l'auteur, il permet à ce dernier de restituer l'absurdité d'un conflit qui fait se dresser l'un contre l'autre des citoyens d'une même nation, amis, voisins d'hier, devenant subitement les pires ennemis. L'auteur prête ainsi à son récit violent, témoignage des pires manifestations de cruauté et d'inhumanité, un caractère sinistrement grotesque.

Aborder un tel sujet de cette manière est certes original, mais le procédé m'a paru souvent grossier, et cela m'a régulièrement gênée, au cours de ma lecture.

Commentaires

  1. Je commence à mettre un bout de nez dans cette littérature qui émerge de ce coin du monde et "Johnny chien méchant" attend son tour sur mes étagères, avec d'autres, dont une BD, "Kongo". En tout cas, il y a là des voix qui parlent de ces événements qui glissent dans nos actualités un jour ou deux de vague intérêt. Du même auteur, j'ai lu "Groupe de femmes au bord du fleuve" qui s'inspire aussi de la réalité, sociale et politique, moins violent, visiblement, il met en scène une grève de femmes et en fait un portrait très touchant (mais un peu manichéen également ....)

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  2. Je m'aventure moi aussi dans cette littérature que je connais très mal. Celui-là ne m'a pas emballée, mais j'ai en revanche beaucoup aimé le Mariama Bâ.

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