"Les chiens de la nuit" - Enrique Medina

Misère, misère...

Je connais assez peu la littérature sud-américaine, mais au fil de mes découvertes sporadiques et jamais décevantes dans ce domaine, j'ai pu constater que les œuvres des auteurs issus de ce vaste territoire qu'est l’Amérique latine, ont souvent une dimension tragique. Constat que la lecture du roman d'Enrique Medina, "Les chiens de la nuit", a contribué à conforter.

Mingo a dix-huit ans. Déscolarisé depuis longtemps, il a jusqu'à présent vécu aux crochets de sa mère, qui peinait à entretenir leur minuscule taudis et à faire bouillir la marmite en exerçant d'éreintants et précaires boulots mal rémunérés. La mort de sa mère, brutale, représente par conséquent un cataclysme dans son existence. Il se retrouve seul pour assumer sa subsistance et celle de sa sœur Mercedes, âgée de quinze ans.
Sa paresse le pousse à chercher le gain facile, mais après quelques larcins, il se retrouve en prison, expérience traumatisante qu'il n'oubliera jamais...
A sa sortie, il trouve une nouvelle solution à ses problèmes d'argent : il commence par céder le pucelage de sa sœur contre un prêt de mobylette, puis l'amène, peu à peu, à se prostituer de manière régulière.

L'humanité que dépeint Enrique Medina est laide et barbare. La relation entre Mingo et Mercedes est elle-même, par moments, bestiale, la sollicitude la jeune fille étant souvent récompensée par des coups. Baignés dans un environnement sordide de misère et de violence, ils sont finalement deux enfants grandis trop vite, perdus dans un monde abject, dont ils sont obligés, pour survivre, d'adopter les codes, même si cela implique de se vautrer dans la fange.

Les chapitres, courts, se succèdent à un rythme vertigineux, la sécheresse de l'ensemble du texte étant parfois entrecoupée de phrases plus longues, dont la poésie soudaine sert une réalité brutale et glauque. Une réalité qui laisse très peu de place à toute tentative d'introspection, d'analyse, par les héros d'Enrique Medina. Ces derniers brulent leur existence en préférant occulter toute réflexion de nature à leur faire prendre conscience de sa maigre valeur.

C'est l'avis de Jean-Marc qui m'a donné envie de découvrir ce texte à la fois beau et difficile...

Commentaires

  1. C'est vrai, c'est pas un cadeau. Et malgré la noirceur, lors du marathon de mots en juin dernier, l'acteur qui avait lu le monologue du poivrot du milieu du bouquin avait réussi à le rendre pas trop déprimant !
    Quand tu auras récupéré tu pourras tester El Duke ou les tombes ...

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  2. Le second est déjà dans ma bibliothèque...

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