"La classe de neige" - Emmanuel Carrère

L'autre petit Nicolas...

Ma lecture de "La classe de neige" remonte à maintenant deux semaines, mais j'en ai gardé une sensation poisseuse de malaise...

Le thème de ce roman n'a a priori pourtant rien d'obscur ou de sordide. Comme son titre l'indique, il y est question d'une... classe de neige. Si ce récit bouscule le lecteur, lui remue les tripes, fait ressurgir, peut-être, de ces souvenirs d'enfance humiliants que l'on préfère refouler dans les limbes de  notre mémoire, c'est en grande partie parce qu'il a pour héros un de ces gamins pour lesquels on se prend à éprouver d'emblée une triste compassion. 

Nicolas est un garçon d'une timidité maladive, solitaire parce que dédaigné par les autres enfants, qui à l'occasion fait encore pipi au lit (une hantise pour qui va vivre en collectivité pendant deux semaines), et se ronge de manière quasi permanente de terribles angoisses. Il faut dire qu'il n'est pas facile d'être détendu et insouciant quand votre père vous abreuve en permanence de faits divers censés vous rappeler la dangerosité du monde et la cruauté des hommes.
D'ailleurs, les parents de Nicolas ont été plutôt réticents à le laisser partir. Le garçon lui-même se serait bien épargné cette épreuve ; seulement, le médecin de famille a refusé d'établir un certificat médical pour l'exempter du séjour, sous prétexte que ces quinze jours à la montagne allaient justement lui faire du bien.
Il est donc parti, mais c'est son père qui l'a conduit sur les lieux. Hors de question qu'il monte dans l'autobus conduit par un inconnu, probablement un chauffard...

Il plane sur le récit une impression permanente d'angoisse. A l'image de Nicolas, le lecteur s'attend à tout moment à ce qu'une catastrophe survienne. Sa personnalité, ses peurs, le rendent en effet trop vulnérable pour que l'on puisse imaginer une issue heureuse.
"La classe de neige" est ainsi un roman à la fois oppressant et palpitant. On le dévore avec une curiosité peut-être un peu morbide, avide de découvrir le terrible secret que dissimulent -mal- la joyeuse excitation exprimée par l'ensemble des élèves, à laquelle le héros n'adhère à aucun moment...

J'ai eu le plaisir de faire cette lecture en commun avec Athalie : son avis est ICI.

>> Un autre titre pour découvrir Emmanuel Carrère :

Commentaires

  1. Un très bon souvenir de lecture, ma première "rencontre" avec Emmanuel Carrère. Je me souviens encore de cette sorte de malaise ressentie tout au long de ma lecture... et cela remonte a presque 20 ans (je viens d'aller vérifier la date de sorite du roman, aïe, aïe, aïe) !!!!

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    1. Comme quoi il t'a marqué ! Je crois que c'est en effet un roman que l'on n'oublie pas facilement, tant son atmosphère sourdement angoissante est prégnante. Et ce petit Nicolas m'a fendu le cœur..

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  2. Palpitant et angoissant, mais je n'ai rien vu du terrible secret avant qu'il ne tombe sur Nicolas. Et là encore, j'ai bien aimé la façon de le faire comprendre en restant dans ce que veut en comprendre Nicolas. J'ai trouvé que justement, le fait de ne pas trop appuyer sur ce qui va lui arriver, après, permet au lecteur de ne pas s'attarder sur les aspects morbides. Un livre que je ne pense pas oublier, je rejoins aussi In cold Blog

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    1. Zut, alors, j'avais deviné plus ou moins ce qui allait arriver (j'ai sans doute l'esprit tordu). C'est peut-être pour cela, que, sentant l'issue se profiler, j'ai ressenti assez tôt dans ma lecture ce sentiment d'angoisse.
      En tous cas, ce roman est une réussite !

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  3. L’atmosphère angoissante est une volonté de l'auteur et toujours difficile à traduire par des mots...

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    1. C'est vrai, mais Emmanuel Carrère s'y entend ici à merveille... il n'y a rien de trop dans la façon dont il installe cette atmosphère. Le sentiment d'angoisse arrive subtilement, pour croître doucement mais de manière presque palpable au fil de récit..

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  4. Lu aussi il y a vingt ans (ouche!) et, si je ne me souviens pas trop de l'histoire, j'ai gardé en mémoire cette sensation de malaise et de tristesse.

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    1. Je vois que nous sommes tous d'accord...

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  5. J'aime beaucoup Emmanuel Carrère, La classe de neige n'est pas son roman que je préfère mais oui je suis bien d'accord avec toi, ce sentiment de malaise est omniprésent tout au long de la lecture et pour cause ...

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    1. Je commence tout juste à découvrir cet auteur, qui m'effrayait un peu (j'ai lu des avis contrastés à son sujet). Pour l'instant, il me plaît !!

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