"Telegraph Avenue" - Michael Chabon

Sur un air de soul music...

Telegraph Avenue relie Oakland et Berkeley, deux villes de la section Est de la baie de San Francisco. La première est historiquement afro américaine, quand la deuxième est réputée pour son université, et l'orientation progressiste de sa bourgeoisie blanche.

Brokeland Records, boutique de vinyles de collection, y trône en bonne place. A l'image du quartier -multi racial- dans lequel elle se situe, elle est conjointement tenue par un noir, Archy Stallings et son ami de longue date Nat Jaffe, blanc et juif. Leurs épouses respectives, sages femmes libérales pratiquant les accouchements à domicile, sont également associées.

Archy, homme débonnaire et conciliant -voire passif-, redoute sa paternité prochaine. Nat est à l'inverse habité par une colère permanente, qu'il exprime par un bourdonnement incessant, et un comportement souvent fébrile.

Leur fief accueille un petit monde hétéroclite, davantage occupé à bavasser sur le bon vieux temps et les dernières magouilles du conseil municipal qu'à jouer les chalands. Le projet d'implantation d'une grande surface culturelle fait planer une lourde menace sur cet îlot de douce convivialité...

Comme si cela ne suffisait pas à bousculer l'existence jusqu'alors relativement tranquille d'Archy, celui-ci doit composer avec la réapparition de son père, star déchue des films de Kung-fu, motivée par de graves difficultés financières, l'irruption de Titus, son fils caché, et les démêlés de son épouse avec la justice, suite à un accouchement qui a failli mal tourner.

"Telegraph Avenue" est un récit dense, à la lecture duquel on ne s'ennuie pas un seul instant. C'est un roman plein de sel. Le sel de la vie, qui picote, fait rire et pleurer. Les événements les plus anodins sont relatés comme d'extraordinaires aventures, se dotant d'une dimension quasi épique. Certains des héros eux-mêmes agissent comme des acteurs de cinéma, leur comportement et leurs réparties semblant dictés par le souci d'être les dignes représentants des caractéristiques supposées définir leur personnage.

Les dialogues sont nombreux, percutants, le texte est truffé de références musicales, cinématographiques et télévisuelles, notamment inspirées des années 70, avec une forte prédominance soul et funk, mais aussi de fréquents clins d’œil au cinéma de Tarentino. A la hauteur de ces nombreuses et diverses évocations, "Telegraph Avenue" est à la fois rythmé et coloré, mais pas seulement...
... L'auteur mêle habilement nostalgie et humour, le ton cocasse de l'ensemble n'occultant pas tout à fait -et ce n'est d'ailleurs pas le but- le désenchantement que suscitent chez ses protagonistes la fuite du temps, et les inévitables difficultés de l'existence.

Commentaires

  1. Je en crois aps connaitre cet auteur, une erreur semble-t-il, bon je note hein :-)

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    1. Je ne le connaissais pas non plus, jusqu'à ce qu'une critique lue dans je ne sais plus quel journal, me donne envie de lire celui-ci. Visiblement, le bonhomme n'est ni un débutant ni un amateur, puisqu'il a obtenu le Prix Pulitzer pour un de ses titres.
      Une première expérience en tout cas vraiment concluante, ce récit est vraiment remarquable..

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  2. Jusqu'à présent, j'ai toujours été assez mitigé par la lecture de Chabon. À voir...

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    1. Qu'as-tu lu de cet auteur ?

      D'après ce que j'ai pu lire à son sujet, il a comme particularité d'écrire d'un roman à l'autre de manière différente...

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  3. Pareil que Voyelle et Consonne : les deux romans de Chabon que j'ai lus m'ont ennuyée (son premier et le club des yiddish), pas certaine de retenter l'expérience...

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    1. Je suis allé lire les critiques de Voyelle et Consonne sur Chabon, et visiblement, Le club des policiers yiddish lui a beaucoup plu. Je crois que j'en tenterai la lecture.

      En tous cas, celui-là ne m'a pas déçue : même si le rythme de l'intrigue peut sembler parfois un peu lent, je m'y suis calée sans peine !

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  4. Ouh, ça me tente. Je ne connais pas du tout cet auteur.

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    1. Toi qui aimes la littérature américaine, je crois qu'il pourrait te plaire..

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