"En crachant du haut des buildings" - Dan Fante

Tel père, tel fils ?

Bruno Dante a quitté Los Angeles pour habiter New York, où il enchaîne des petits boulots que son alcoolisme et son caractère irascible l'empêchent de conserver bien longtemps. Lors de ses périodes d'inactivité, il s'essaie à l'écriture, enrageant de la médiocrité de ses productions, qu'il finit la plupart du temps par détruire...

A ses côtés, nous côtoyons l'Amérique à la fois misérable et laborieuse des petites gens qui s'échinent à des tâches ingrates, se faisant exploiter pour des salaires de misère.
On navigue parmi les fauteuils crasseux de glauques cinémas pornos, où le narrateur assouvit des pulsions pour lesquelles il éprouve ensuite du dégoût.
On se vautre sur les trottoirs new-yorkais où il finit parfois par échouer, inconscient car abruti d'alcool.

Le tout est déroulé avec une sécheresse, une sincérité qui interdisent tout apitoiement. Le ton est empreint d'une auto dérision amère, qui révèle l'ampleur du désespoir qui habite le héros.

On se sentirait presque mal à l'aise à la lecture de ces tristes tribulations, et du gâchis occasionné par l'alcoolisme et la détresse de cet homme, lucide quant à ses faiblesses, et qui, incapable de les combattre, semble se regarder sombrer.

Inévitablement, on pense au père, bien sûr. A l'ombre du mythique John Fante, qui plane discrètement mais sûrement sur le roman. Le but n'est pas de comparer -ce serait petit-, mais de constater, entre les lignes, les résurgences d'un héritage. On ne peut pas ne pas voir les nombreux points communs, sur le fond comme sur la forme : l'arrivée dans la ville inconnue, la débrouille, et cette capacité à transformer l'expérience personnelle en fiction...

Avec, chez le fils, beaucoup moins de légèreté et de désinvolture. Et une façon assez curieuse de rendre son récit intemporel. Je me suis souvent interrogée pendant ma lecture, sur l'époque à laquelle il se situe, et je serais bien en peine de vous le dire ! Il n'y est question ni d'utilisation d'objet dont la technicité pourrait nous le faire deviner, ni de références historiques ou sociétales pouvant servir d'indices...

L'intrigue est entièrement centrée sur le narrateur, la description de son quotidien sordide, et les relations, souvent brèves, qu'il noue avec les différentes personnes qu'il rencontre. Il se crée ainsi une proximité entre le lecteur et  Bruno Dante, qui contribue à faire de ce récit un texte fort et troublant.

Commentaires

  1. Un auteur qu'il faut que je découvre !

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    1. Si tu aimes les tonalités désespérées et sordides, il devrait te plaire...

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  2. un auteur à talent que j'ai découvert il y a bien longtemps avec De l'alcool dur et du génie et que j'affectionne tout particulièrement...et la lecture de ta chronique m'incite à découvrir cette nouvelle œuvre!

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    1. Bonjour Tom Joad et bienvenue ici,

      C'est vrai que Dan Fante a du talent, et je trouve dommage qu'il soit méconnu (inconvénient de la célébrité paternelle ?).
      Sans l'initiative bienvenue des Éditions 13e Rue de republier l’œuvre de cet auteur, je serais probablement passée à côté...

      Je ne manquerai d'aller faire un tour sur ton blog pour y piocher d'éventuelles suggestions.

      A bientôt.

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  3. Alors que le mois américain bat son plein, j'ai le sentiment qu'alcool, désespérance et solitude sont une grande constante de la littérature outre-atlantique. Je crois que j'ai besoin d'autre chose, même si je ne doute pas qu'il soit poignant ce roman, mais, je ne sais pas, j'ai envie d'un peu d'optimisme....

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    1. Mais non, la littérature américaine offre aussi des choses plus gaies .. Par exemple, euh........ euh...........
      Attends, j'vais trouver.......
      Euh.........................
      Bah mince, alors, je l'ai sur le bout de la langue !!

      Bon, quand ça me reviens, je te fais signe !!

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