"Le procès-verbal" - Jean-Marie-Gustave Le Clézio

"A force de voir le monde, le monde lui était complètement sorti des yeux".

C'est l'histoire d'Adam Pollo, un drôle de héros, hors du commun, marginal. C'est l'histoire d'un moment de sa vie, un moment d'égarement.

Adam occupe une grande maison dans un village de la côte méditerranéenne, désertée par ses propriétaires sans doute partis en vacances. Le lecteur a très peu de certitudes, sur comment il est arrivé ici, d'où il vient, ce qu'il a vécu auparavant. Mais après tout, Adam lui-même ne sait plus s'il est déserteur ou échappé d'un asile psychiatrique, et ses pensées ne sont pas toujours cohérentes.
On sait juste qu'il a presque trente ans, et qu'il mène une vie solitaire.
Il erre dans la villa qu'il occupe clandestinement, prend le soleil à demi nu devant ses fenêtres, se promène parfois sur la plage, reste contemplatif pendant de longues heures...
Dans un cahier, il écrit des lettres à une certaine Michelle, avec laquelle il entretient des relations troubles et épisodiques.

C'est un homme cultivé, intelligent, philosophe même, qui réfléchit beaucoup à la condition humaine, et à sa propre dimension d'être unique mais faisant partie d'un ensemble englobant toute forme de vie environnante. La nature, avec laquelle il tente de "communier", est ainsi omniprésente, comme dans de nombreux textes de l'auteur. En même temps, Adam se sent différent des autres : sa vision du monde, au regard de ce qui est communément considéré comme la "normalité", est décalée.

Adam est comme un électron libre, qui coule ses jours dans une sorte de torpeur primitive, entrecoupée de moments de frénésie douloureuse. Mais cette liberté ne lui apporte visiblement pas le bonheur : peu à peu, il sombre dans la démence...

La narration à la troisième personne du singulier, paradoxalement, n’instaure pas ici de distance avec le personnage principal, mais lui confère une sorte de légitimité. Le ton neutre, presque bienveillant, avec lequel sa logique est mise en avant, exclut toute tentation de jugement. Les pensées et émotions d'Adam sont minutieusement décrites, suscitant chez le lecteur, si ce n'est de l'empathie, une forme de compréhension. Et lorsque la chute d'Adam survient, nous nous surprenons à être déçus, parce que cet être différent était comme le symbole d'une liberté fondamentale, opposée à l'aliénante rigidité d'une société qui impose de tout ranger dans des cases.

"Le procès-verbal" se présente comme une succession de tableaux, mettant en scène les divagations -errances physiques et intellectuelles- d'Adam Pollo. On avance dans la lecture sans savoir vraiment où elle nous mène, mais peu importe. Les mots de J.M.G. Le Clézio se vivent plus qu'ils ne se lisent, nous enveloppent, font naître en nous des images, des odeurs, nous imprègnent de leur poésie. 


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Commentaires

  1. Voilà un titre de Le Clezio que je ne connaissais pas. Le thème me plait et je sais que l'écriture me séduira : le voilà noté ! Merci pour cette tentation :)

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    1. Je crois qu'il s'agit du premier roman de l'auteur. Il est certes moins abouti qu'un "Désert", par exemple, mais on y trouve déjà cette écriture que je trouve si envoûtante...
      Si tu aimes Le Clézio, il devrait te plaire.

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  2. Bonjour Ingannmic,

    Je représente la maison d'édition Taurnada et je prends contact avec vous afin de vous présenter le roman « Renaissance » de Jean-Baptiste Dethieux. (Disponible en version papier & électronique.)

    Il s'agit d'un thriller psychologique ; La 4e de couverture :

    http://www.taurnada.fr/catalogue/thriller/renaissance/

    S'il correspond à votre style de lecture, merci de prendre contact avec nous.

    En vous remerciant d'avoir pris le temps de lire ce message, nous vous souhaitons une agréable journée.

    Bien cordialement,

    Taurnada Editions

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  3. Alors là, moi, je ne sais pas pourquoi, mais le clézio, y'a rien à faire ... Son écriture m'ennuie, profondément, je sais que tu ne seras pas d'accord, mais je la trouve surfaite, poétique exprès.... J'ai tenté et retenté, notamment avec ce titre, et la torpeur dont tu parles m'a envahie ....

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    1. En effet, c'est une écriture qui me touche profondément... Je ne suis pas persuadée que ce titre soit le plus adapté pour découvrir Le Clézio, mais comme tu en as tenté d'autres... et je ne te conseillerai pas "Désert" (s'il ne fait pas partie des titres que tu as testés) car vu ce que tu dis de son écriture, je pense qu'il ne te conviendrait absolument pas !
      Il faut bien que nous ayons parfois des divergences ..


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  4. J'ai lu "Désert", je crois que c'est le seul livre de cet auteur dont je suis venu à bout ... Et j'en garde quand même un bon souvenir ! Peut-être est le "phénomène-yeux-bleus-horizon" qui m'a gênée ... Je reste quand même dubitative, parce que quand je l'entends au festival "Etonnants voyageurs" à Saint Malo, il me passionne, dans son silence ...

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    1. Ah, "Désert"... quel souvenir de lecture !!
      En même temps il a une bibliographie impressionnante (dont je n'ai lu qu'une infime proportion), peut-être y trouveras-tu un jour ton bonheur (et quelques silences passionnants !)..

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