"En face" - Pierre Demarty

"C'est un récit plein de silence et de rumeurs, et moi l'idiot qui le raconte, et vous qui en cherchez le sens".

Après avoir découvert Pierre Demarty avec "Manhattan Volcano", lire son second roman : "En face", était une évidence.

La thématique de ce dernier, bien que très différente de son premier ouvrage, était de plus fort attrayante. La quatrième de couverture laissait deviner une histoire absurde, décalée... bref, une histoire comme je les aime.

L'intrigue ne m'a pas déçue. Bâtie autour d'un héros tellement ordinaire, tellement insignifiant, qu'il en semble transparent, l'action culmine avec un événement incongru...

Et c'est cette banalité même ou en tous cas sa dimension extrême, qui donne son sel au récit. "En face", c'est la chronique d'un non destin, c'est le vide mué en épopée. 
Quoique, soyons juste : Jean Nochez -puisque tel est le patronyme de notre héros- se rebelle. C'est une sorte de révolte presque immobile, qui ne fait pas de vague. Un acte inattendu, à tel point qu'il en est burlesque. Il déménage... En catimini, sans avertir femme ni enfants, il s'installe dans un appartement situé en face du foyer familial, observant la vie qui s'y déroule dorénavant sans lui, son absence ayant été à peine remarquée.
Jean Nochez se met volontairement en retrait, sans réelle préméditation, avec une sorte de résignation instinctive face à son incapacité à trouver sa place dans un monde duquel il a toujours semblé absent.
Ses seules sorties consistent à aller s'accouder au comptoir des Indociles Heureux, dont l'un des habitués s'avère être le narrateur de cette histoire, dont il a reconstitué le fil par bribes, sans jamais avoir percé le mystère Nochez -si mystère il y a-, constatant seulement l'étrangeté de cette morne existence, interpellant parfois le lecteur sur l'apparent non-sens de cette fable sans éclat.

Il faut une sacrée plume pour relever ce défi qui consiste à donner du corps au vide, à parer d'attraits la relation d'une existence à ce point terne.

Pierre Demarty A une sacrée plume, il l'a prouvé avec le bouillonnant "Manhattan Volcano". On retrouve ici son style soigné -parfois un peu trop, au risque de paraître pompeux-, riche en métaphores. Cette fois, il peut se permettre l'humour en plus, sous la forme d'une ironie bienveillante : moqueur, mais pas vraiment méchant... 

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