"Spiriti" - Stefano Benni

"Puis, tout à coup, une chaleur terrible s’abattit.
Une chaleur saharienne ; le soleil frappa les pare-brise comme un laser.
Les voitures devinrent brûlantes.
Des enfants et des chiens, enfermés à l'intérieur, cognaient sur les vitres, en quête de salut.
Des grands-mères mouraient et étaient inhumées dans le porte-bagages pour que les vacances ne soient pas gâchées."

J'ai découvert il y a maintenant plusieurs années "La Compagnie des Célestins" de Stefano Benni, et je me demande pourquoi je n'ai pas relu cet auteur depuis, car j'avais adoré ce roman...
C'est dorénavant chose faite.
La trame de "Spiriti" présente avec celle de "La compagnie des Célestins" une similitude frappante : les deux récits culminent lors d'un grand rassemblement, précédé de la relation de sa préparation, et des tribulations vécues par quelques-uns des individus qui doivent s'y rendre, et qui composent un échantillon représentatif de l'univers dans lequel nous immerge l'auteur.
Car c'est apparemment là l'une des grandes forces de Stefano Benni, que d'inventer des mondes qui s'inspirent du nôtre, mais que son sens de la caricature et de l'absurde rendent à la fois originaux et curieusement évocateurs...

Dans "Spiriti", la mondialisation a abouti à la constitution d'un empire unique, à la tête duquel règne John Morton Max -un américain-, quoique régner n'est sans doute pas le terme adapté, le président étant lui-même sous la férule de quatre généraux plus cinglés et mégalos les uns que les autres, et complètement déstabilisé par la proximité permanente d'une jeune stagiaire aussi aguicheuse qu'insaisissable. Des guerres volontairement entretenues à divers endroits du globe permettent de maintenir le commerce d'armes et d'équipements militaires. 
Une contre utopie, en somme, où le cynisme, la superficialité et l'uniformisation ont atteint des sommets. Où l'appauvrissement des idées est proportionnel à la puissance de médias omniprésents et dénués de toute éthique.

Seule une petite île isolée abrite quelques résistants... C'est justement l'endroit qu'a choisi le gouvernement pour organiser un Mégashow, dans le but de redorer l'image du président. Les préparatifs, gigantesques, voient s'agiter politiques corrompus, rois de la finance cruels, rock stars capricieuses, et bimbos peroxydées.
Pendant ce temps, sur l'île, des forces occultes se réveillent... Les hommes se sont révélés si malfaisants et destructeurs que des esprits malins et puissants souhaitent leur extermination.

Quel plaisir de lecture ! La langue de Stefano Benni, inventive, poétique et drôle, m'a fait passer un moment mémorable.
"Spiriti" est un roman très riche, à la fois picaresque, fantaisiste et intelligent. Sur le ton de la fable, Stefano Benni se livre à une satyre féroce de notre société, dont il fustige les maux avec humour et lucidité.

A lire, évidemment !

Commentaires

  1. Je ne connais pas du tout. A lire donc.

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  2. Oui, tout comme la Compagnie des Célestins. Ce sont des romans intelligents, et qui en même temps permettent de passer un vrai bon moment !

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  3. Réponses
    1. Oh, non, ce titre date de 2000. Mais je crois qu'il n'est malheureusement pas sorti en poche... J'ai l'impression que d'une manière générale, cet auteur n'a pas la reconnaissance qu'il mériterait, en tous cas en France, je ne sais pas ce qu'il en est dans son pays d'origine..

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