"Un acte d'amour" - James Meek

"De quoi m'accuse-t-on au juste ?
- D'avoir une personnalité indéfinie".


Jazyk, bourgade isolée de Sibérie, en pleine révolution bolchévique.
Arrive un étranger. L'irruption de l'homme coïncide avec la mort du shaman que le responsable de la légion tchèque occupant le village avait capturé dans l'espoir que le sorcier lui révèlerait quelques-uns de ses secrets. Accusé du meurtre de ce dernier, Samarin -puisque c'est ainsi que se nomme le nouvel arrivant-, est placé en prison.

Qu'est venu faire à Jazyk cet inconnu qui prétend avoir passé cinq années dans un camp de prisonniers où la faim, les privations et la violence de ses co-détenus ont plusieurs fois failli avoir raison de lui ?

L'ancien bagnard dissimule des zones d'ombre, mais il n'est pas le seul... il règne d'une manière générale sur le village un parfum de mystère, l'ensemble des habitants donne le sentiment d'être engagé dans une étrange conspiration. Des liens dont on ne saisit pas d'emblée la véritable nature unissent certains d'entre eux, tels le fade Balashov et Anna, la veuve que ses concitoyens considèrent avec à la fois crainte et mépris.

"Un acte d'amour" est comme une toile d'araignée savamment tissée sous nos yeux par l'auteur, l'homogénéité de l'ensemble se révélant peu à peu. Les interactions entre les divers personnages, que manipule tous, à un moment ou à un autre, l'étrange Samarin, homme aux multiples visages dont le talent de conteur et le charisme fascinent, prennent ainsi progressivement tout leur sens.

Récit d'aventure, conte philosophique, histoire(s) d'amour et de vengeance, le roman de James Meek parvient, en une parfaite osmose, à être tout cela à la fois. L'ensemble est nimbé d'une atmosphère sombre, oppressante, James Meek enrichissant son intrigue d'éléments à la fois atypiques et terribles, empruntés à l'Histoire aussi bien qu'aux terrifiantes anecdotes qu'offrent parfois les destins individuels. Même les histoires d'amour n'y sont pas banales, frappées d'événements tragiques qui ne sont pas sans évoquer d'obscures malédictions.

Et pourtant, en dépit de cette violence ambiante, "Un acte d'amour" n'est pas exempt d'humour, l'intelligence manipulatrice et moqueuse de Samarin, notamment, offrant quelques dialogues au cynisme percutant.

James Meek nous livre un roman d'une belle ampleur, à l'intrigue foisonnante et aux personnages marquants.

Une belle découverte.

Commentaires

  1. J'avais adoré ce roman lu il y a quelques années, j'en avais parlé autour de moi (et sur mon blog) sans susciter beaucoup d'envies de lecture, m'a-t-il semblé. Je suis contente que tu en reparles, et en bien !

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    1. J'ai cherché ta critique sur ton blog, afin d'en ajouter le lien dans mon billet, mais je ne la retrouve ni dans l'index ni via le moteur de recherche. J'ai fini par la débusquer sur Babelio et pour info, le lien que tu y as mis vers ton blog ne fonctionne pas.
      Ceci dit, elle date de 2010. Elle se serait perdue au cours de ton déménagement bloguesque ?

      Toujours est-il que nous sommes bien d'accord à propos de ce roman à la fois passionnant et original !

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    2. Désolé de t'avoir fait chercher en vain ! N'ayant eu ni le temps, ni les compétences techniques, les billets de mon ancien blog sont en effet perdus, sauf sur Babelio...

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  2. Il m'attend dans ma PAL où je l'avais un peu oublié. Merci pour ton billet qui me donne envie de l'en sortir enfin !

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    1. On me l'a offert à Noël (je ne connaissais absolument pas cet auteur) et la 4e de couverture m'a assez interpelée pour que je le place en priorité sur le haut de ma pile...

      J'espère qu'il te plaira, mais j'imagine assez mal le contraire !!

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  3. Je l'avais adoré sur le moment de lecture et puis, je ne sais pas ... Il n'est pas resté dans mes "must" ... Il y a des livres comme cela qui paraissent fulgurants et qui s'effacent, comme "Novecento", d'ailleurs ... Qu'est-ce j'avais aimé ce livre, pourtant ! Hélène fait une rubrique que j'aime bien " ceux qui restent", je pense m'y lancer, ça te dirait ?

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    1. Je suppose que c'est seulement avec le temps que je saurai s'il reste ou pas...
      En quoi cela consiste exactement, cette rubrique d'Hélène ?

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