"Belém" - Edyr Augusto

Carnaval d'horreurs.

Avec "Belém", son premier roman, Edyr Augusto nous rappelle que le Brésil n'est pas que la patrie de la samba, du carnaval et du football.
C'est aussi le pays qui a battu ces dernières années un record en matière de nombre d'homicides, le taux de leur élucidation restant à l'inverse proportionnellement bas.
C'est l'une des principales routes du trafic de la drogue produite en Amérique du sud, et une nation particulièrement touchée par le phénomène de la prostitution enfantine...

L'assassinat de Johnny, coiffeur de la jet-set, et l'enquête qui s'y rattache, est le prétexte qu'utilise l'auteur pour nous immerger dans l'envers de la carte postale. La descente dans l'horreur commence lorsque Gilberto Castro, l'inspecteur qui en a la charge, tombe au domicile du défunt sur des photos et des vidéos le mettant en scène avec de jeunes enfants -dont sa filleule de dix ans- dans des postures sans équivoque...

Le policier fait partie, malgré ses récents déboires avec l'alcool, de la jeune garde prometteuse. C'est un enquêteur talentueux, acharné et intègre -une rareté parmi les rangs de ses confrères corrompus-, qui évolue avec autant d'aisance dans les bouges infâmes des quartiers misérables, que dans les soirées chics fréquentées par les vedettes people et les beautés au charme vénéneux... Car le Brésil d'Edyr Augusto est aussi celui qui met en exergue la fracture entre deux mondes : face à une classe fortunée, médiatique, dont l'argent et le pouvoir permettent d'assouvir ses désirs sans limites, les victimes de la misère survivent à peine, prêtes à vendre dignité, corps et âme dans l'espoir de se sortir d'un bourbier dans lequel ils sont pourtant condamnés à rester...

L'intrigue policière n'a au final guère d'importance. "Belém" est surtout une incursion pesante dans un univers glauque et foncièrement pessimiste, celui du deuil de l'innocence.

Edyr Augusto nous offre un récit efficace, composé tantôt de longues successions de phrases courtes et tantôt de dialogues percutants. Le "il" et le "je" s'y mêlent sans accroc, alternant phases d'introspection et d'observation, donnant au lecteur l'impression de louvoyer sur plusieurs plans.

On peut lui reprocher de manquer parfois de subtilité dans le traitement de son sujet, et de se laisser aller à une surenchère de violence, mais "Belém" reste néanmoins un premier roman très réussi.

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