"En territoire Auriaba" - Jérôme Lafargue

Tromperie sur la marchandise...

Début de la deuxième moitié du XIXème siècle, un village des côtes marocaines...
Un homme recueille sur un bateau le seul survivant du massacre qui y a été perpétré, un nouveau-né. L'homme a reconnu parmi les victimes l'explorateur français avec lequel il avait noué une courte mais sincère relation lors de sa venue quinze ans auparavant.

Les Landes, aujourd'hui...
Deux hommes -le narrateur et son ami La Serpe- traque dans la forêt on ne sait qui ou quoi, leur but étant d'attraper leur proie avant que les autres chasseurs qui parcourent, en nombre, la pinède, n'y parviennent. 

La progression de cette poursuite est entrecoupée de flash-backs par lesquels le narrateur revient sur les événements qui ont suivi la mort de son frère Andoni, impliquant son neveu Aupwean, dix ans, surfeur surdoué, dont la personnalité confirme son ascendance avec une lignée d'hommes droits et solitaires, et dont les rêves très prégnants se nourrissent de l'intervention des morts et d'une intuition surnaturelle.

"En territoire Auriaba" est une histoire de transmission. Transmission de l'amour pour une terre, pour la nature, des inimités aussi, qui opposent aux membres d'autres lignées. Transmission enfin d'un héritage moins tangible, plus mystérieux, composé d'obsessions et de secrets, d'énigmes qui livrent parcimonieusement, d'une génération à l'autre, quelques bribes d'indices.

Autant Jérôme Lafargue m'avait enchanté avec "L'ami Butler", autant il a eu du mal à me convaincre avec son dernier titre. Malgré une écriture soignée, agréablement poétique, au rythme régulier, plusieurs points m'ont gênée. 
Cela a commencé avec le narrateur, que les efforts de l'auteur pour en faire un personnage parfaitement intègre, humble... bref sans défauts, en se faisant par moments trop visibles, finissent par desservir. Ses longues diatribes sur les travers des hommes sont souvent à la limite du jugement d'un donneur de leçons, et j'ai un peu de mal avec les humbles qui revendiquent leur humilité, et passent beaucoup de temps à parler d'eux-mêmes...

J'aurais pu m’accommoder de ce bémol qui, après tout, s'oublie assez vite, lorsque l'on est plongé dans l'intrigue. Sauf que, en parlant d'intrigue... j'ai eu davantage le sentiment de baigner dans la confusion que d'être happée par le récit. L'auteur donne l'impression de ne pouvoir s'empêcher de vagabonder, de se perdre dans des digressions dont on ne comprend pas toujours le lien avec l'ensemble du texte. Du coup, on ne sait pas trop où on va, on suit des chemins de traverse qui ne mènent nulle part, ce qui ne serait pas gênant si l'auteur ne nous avait pas appâtés par ailleurs avec des mystères dont il laisse sous entendre que nous finirons par trouver la clé...

Et le comble, ce qui, véritablement, m'a mise en colère, a été, parvenue à la dernière page, d'y lire la mention suivante : "Ce roman appelle une suite qui devrait elle-même en appeler une autre"... !
La moindre des choses est d'avertir le lecteur qu'il s'engage pour plusieurs tomes, non ?
Du coup, je n'ai même pas envie de lire la suite... Dommage, il y a dans ce roman de nombreux éléments qui auraient pu en faire une très belle histoire.

Vous, en tous cas, vous serez prévenus !


>> Sinon, Jérôme Lafargue, c'est aussi l'excellent "L'ami Butler"...

Une lecture proposée par la Librairie Dialogues.

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