"Le vin de solitude" - Irène Némirovsky

Règlement de comptes ?

ll est indiqué sur la quatrième de couverture du "Vin de solitude" qu'il s'agit d'un roman autobiographique. Si c'est bien le cas, on ne peut qu'éprouver une vive compassion pour la petite puis jeune fille que fut Irène Némirovsky, dont l'enfance solitaire et dénuée de toute affection parentale laisse à la lecture de ce récit un goût amer.

"Le vin de solitude" se présente comme une succession d'épisodes de l'existence de la famille Karol, dont Hélène, la narratrice, est la fille. 
Des bords du Dniepr à Paris, en passant par Biarritz ou la Finlande, où les Karol fuient le révolution bolchevique, elle décrit son quotidien aux côtés du couple pitoyable  que formaient ses parents. Un père juif, riche banquier vaguement bienveillant envers elle, mais surtout indifférent, obsédé par le jeu et fou de sa femme, fermant les yeux sur les incartades de cette dernière, disposé à satisfaire tous ses caprices. Et une mère frivole, égoïste, collectionnant les amants, qui  ne cache pas qu'elle aurait préféré ne pas avoir d'enfant.

Dans cette cellule familiale où Hélène n'a guère de place -son père, qu'elle adore, est souvent absent, et sa mère ne s'adresse à elle que sous forme de reproches ou de mépris-, son seul réconfort est la présence de Mademoiselle Rose, sa gouvernante française, qui lui transmet son affection et son amour pour Paris. Enfant maussade et amère, que l'indifférence parentale a privé d'insouciance et de joie, elle devient peu à peu une jeune fille battante et indépendante, à l'esprit acéré, à même de s'affranchir du carcan de morosité que faisait peser sur elle la froideur maternelle.

D'une écriture froide, distanciée, la narratrice porte sur le comportement de ses parents, et surtout sur celui sa mère, un regard d'une implacable acuité. La virulence de la critique, la dureté du jugement vis-à-vis de cette femme pour laquelle elle ne semble à aucun moment éprouver elle-même quelque amour, donnent parfois le sentiment d'assister à véritable règlement de comptes. Heureusement, "Le vin de solitude" n'est pas que ça... C'est surtout un roman à l'écriture fluide et élégante, un récit émouvant sur le difficile et courageux apprentissage de la maturité.

Commentaires

  1. Irène Nemirovsky est un excellent auteur que je me plais à retrouver régulièrement. J'aime sa façon d'observer ses personnages et comment elle les retranscrit sur papier sans aucune pitié et souvent avec beaucoup d'ironie. Par certains aspects, je la trouve assez proche de Sagan.

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    1. Oh oui, elle est impitoyable ! Et maintenant que tu le dis, c'est vrai, cela fait penser à Sagan (que je n'ai pas lu depuis .. ma foi, une éternité !)
      D'elle, je n'avais lu jusqu'à présent que "Suite française", que j'avais beaucoup aimé : les romans qui traitent des liens qui ont parfois uni certaines femmes et l'occupant allemand pendant le conflit 39-45 ne sont pas si nombreux, et là encore, elle porte un regard d'une intraitable objectivité..

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    2. Si jamais il te prenait l'envie de poursuivre avec cet auteur, je te recommande Le bal (très court, mais là encore, impitoyable dans sa description des relations mère/fille) ou encore Jezabel (sur une femme qui n'accepte pas de vieillir, pour résumer grossièrement).

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    3. Merci pour le conseil, je note !

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  2. Je viens de lire ce livre pour le "blogoclub"; je suis 1) éblouie par l'écriture, 2) pleine de compassion pour la petite fille que fut l'auteure...

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    1. C'est vrai que Némirovsky a une écriture très juste et très élégante, que j'aime beaucoup moi aussi. Et puis elle a surtout une plume très acérée, et une manière de "croquer" ses proches et ses contemporains sans complaisance qui donne à ses récits un certain piquant.

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