"Price" - Steve Tesich

Roman initiatique, et guère drolatique...

Avec Karoo, Steve Tesich nous plongeait dans les affres du vide et de la vacuité qu'un quadragénaire désabusé découvrait en lui...
Price, récit sur l'entrée dans la vie adulte d'un lycéen (a priori) ordinaire aurait pu être plus "rafraichissant".
En réalité, si l'auteur n'y insuffle pas la dose de cynisme qui faisait en grande partie le sel de Karoo, on ne peut pas dire que son premier roman soit vraiment léger...

Daniel Price est sur le point de terminer ses années lycée. Il vit entre une mère yougoslave, femme robuste et charismatique, dont l'entrain a fait place à la lassitude, face à l'aigreur d'un époux maladif, et un père mutique, indifférent, qui passe son temps libre à faire des mots croisés, et déprime en permanence. Sa seconde place au championnat qui cloture la saison de lutte -discipline qu'il pratique en compagnie de ses deux inséparables amis "Freud" et Larry- ôte tout espoir d'obtenir une bourse pour quelque université.
Les trois garçons, mornement indécis face à l'avenir qui s'annonce, se désespèrent vaguement d'être encore puceaux... Ils arrivent, en cette fin d'année scolaire, à l'une de ces croisées de chemins que réserve l'existence, partagés entre le confort que procure une amitié familière, acquise, et des lendemains aux perspectives floues, qui inévitablement attirent et effrayent à la fois. Le moment est venu de se détacher des parents, de refuser de vivre comme eux, refuser de s'enferrer dans un quotidien dont on ne voit que la médiocrité.

C'est aussi le moment de l'apprentissage des premières fois. Pour Daniel ce sera d'abord et surtout celui de l'amour, ressenti comme s'il était le seul homme à l'avoir jamais connu, et qui a pour objet Rachel, fille étrange et fantasque vivant seule avec son père, dont le comportement versatile déstabilise le jeune homme autant qu'il l'attache irrémédiablement.

Mais l'été qui suit la fin de sa scolarité est aussi pour Price l'occasion de cohabiter avec le désespoir et la souffrance : son père, gravement malade, décline peu à peu. Il entretient avec lui des relations plombées par un malaise permanent, et l'incapacité d'éprouver une réelle empathie pour cet homme instable et acariâtre. Il découvre aussi que l'amour peut parfois prendre des formes inattendues, se dissimuler sous des apparences de laideur, d'animosité...

Steve Karoo nous offre avec ce titre le portrait à la fois juste et complexe d'un héros banal mais touchant. En s'appuyant sur les événements qui bouleversent soudainement  sa vie, il dote les sentiments très forts -jalousie, passion, culpabilité, déception...- qu'ils font naître chez Daniel d'une dimension épique. 

Aussi, malgré quelques longueurs, "Price" est un roman dont la sensibilité et l'intelligence permettent de passer un excellent moment !

Commentaires

  1. Bonjour Inganmic, j'ai lu Karoo que j'avais apprécié (même avec des longueurs) mais cela ne m'a pas forcément de lire un autre roman de Tesich donc je passe. Bonne journée.

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    1. A vrai dire, j'ai préféré Karoo, mais il n'empêche que Price possède vraiment d'excellentes qualités. Par contre, si tu as trouvé des longueurs dans Karoo, c'est peut-être en effet prudent de t'abstenir, car celui-ci m'a personnellement paru plus long...

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  2. Pas lu Karoo mais je me demande si Price ne me conviendrait pas davantage.

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    1. Tout dépend de ce que tu préfères... Karoo est plus cynique, plus mordant. En revanche, le personnage de Price est bien plus attachant, on s'y retrouve forcément un peu. Dans les deux cas, j'ai aimé la façon dont Tesich brosse ses portraits, sans complaisance mais avec justesse (et tout de même plus de sensibilité dans Price).

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