Autour du handicap

"Hank Stone et le coeur de craie" - Carl Watson

Danse sans âme.

Depuis la fenêtre de son appartement de Chicago, Hank assiste au ballet orchestré par une routine citadine à la dimension déshumanisée. Les silhouettes entrant ou sortant des immeubles, les véhicules qui passent ou stationnent, comme mus par un obscur impératif supérieur et mécanique, le hurlement régulier des sirènes qui rythme cette froide chorégraphie : contempler ce spectacle occupe la majeure partie du temps libre de ce veilleur de nuit qui mène une existence solitaire.

La solitude est d'ailleurs l'inévitable corollaire de cet univers riche de lumières artificielles et de mouvements mais complètement dépourvu de chaleur humaine. Les individus anonymes qui peuplent cet environnement communiquent peu, et la plupart du temps de manière conflictuelle, voire très agressive, ou pour se poser des questions qui n'attendent pas de réponses.

Hank lui-même ne connait pas ses voisins, et son quotidien s'apparente à une longue succession de gestes vains et répétitifs. L'intuition du non sens de cette existence, le vague regret d'une autre vie possible affleurent parfois, pour disparaître de manière aussi fugace. Hank est ramené à son statut d'observateur détaché de ce monde qu'il contemple sans le comprendre, comme il semble détaché de son propre corps et de ses propres émotions.  

"Hank Stone et le cœur de craie" est un texte court, composé de brefs paragraphes, séquences se suivant comme à l'infini, sans repère temporel, hormis ce sentiment d'une précipitation de plus en plus grande, les jours s'avalant les uns les autres, puis les semaines... comme pour souligner la nature impersonnelle et cyclique de ce théâtre de la vie moderne et urbaine. Ce qui s'y déroule est à la fois insignifiant et entêtant, l'évocation de scènes de violence est entourée d'une brume de grisaille et d'imprécision, l'ensemble nous ramène à un puissant sentiment d'absurdité, face à ce monde qui, s'il peut paraître un reflet caricatural du nôtre, n'en génère pas moins un fort malaise.

Cela en fait un roman déroutant, angoissant, glauque... j'ai aimé !

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